Le Représentant permanent de la République démocratique du Congo auprès des Nations Unies, l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, a présenté la déclaration de la RDC au Conseil de sécurité, lors de sa 10114e session tenue le jeudi 5 mars 2026 sur le thème « Energies, minéraux critiques et sécurité ». La RDC a réaffirmé sa volonté de travailler avec l’ensemble de ses partenaires afin de promouvoir une gouvernance équitable, transparente et responsable des ressources naturelles, au service de la paix, de la sécurité et du développement durable..

Ci-dessous l’intégralité de la déclaration.

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Monsieur le Président,

Au seuil de mon propos, je saisis cette occasion pour saluer la présence parmi nous, de Son Excellence Chris Wright, Secrétaire à l’Énergie des Etats-Unis et remercier Madame Rosemary DiCarlo, sous-secrétaire générale, pour son exposé de tout à l’heure.

Monsieur le Président,

 Dans un monde en pleine transition énergétique et numérique, et au moment où s’accélère la course aux minerais stratégiques, la République démocratique du Congo ne pouvait qu’adhérer à l’initiative prise par les États-Unis d’Amérique d’inscrire à l’agenda du Conseil de sécurité une thématique qui revêt, pour elle, une importance particulièrement existentielle.

Pays doté d’immenses réserves de minerais stratégiques indispensables aux technologies modernes et à la transition énergétique mondiale, la République démocratique du Congo se trouve au cœur même de cette problématique mondiale. Pourtant, ces ressources, qui devraient constituer un puissant levier de développement et de prospérité pour nos populations, ont surtout suscité d’importantes convoitises qui ont contribué à alimenter des cycles de violence persistants dans certaines régions de notre territoire.

Monsieur le Président,

Le XXIᵉ siècle se caractérise par l’émergence de ressources minérales stratégiques — notamment le cobalt, le coltan, le lithium, l’or et les terres rares — devenues des piliers essentiels des transformations technologiques et énergétiques de notre époque.

Cette dynamique s’accompagne également de risques croissants pour la paix et la sécurité internationales. Dans certains contextes fragiles, la compétition pour le contrôle des ressources naturelles alimente des cycles de violence et contribue à l’émergence d’une véritable économie de guerre. L’extraction artisanale illégale, les taxations informelles ainsi que les réseaux de contrebande transfrontalière permettent à certains groupes armés de financer leurs activités et d’entretenir des conflits prolongés.

Mon pays en est la parfaite illustration.

En effet, depuis près de trois décennies, la partie orientale de la République démocratique du Congo demeure le théâtre de violences persistantes largement alimentées par l’exploitation et le commerce illicites des ressources naturelles. Cette situation a plongé des millions de civils dans l’insécurité chronique, provoqué des déplacements massifs de populations et fragilisé durablement les structures économiques et sociales.

C’est ici le lieu de remercier les Etats-Unis d’avoir bien pensé à imposer des sanctions ciblées contre les fauteurs de troubles dans la région des Grands Lacs, à savoir les Forces de défense rwandaises et leurs supplétifs du M23.

Dans certaines zones riches en minerais stratégiques indispensables à la transition énergétique mondiale et aux technologies de pointe, les populations civiles demeurent particulièrement exposées aux violences et aux abus. Plusieurs rapports des experts des Nations Unies ont d’ailleurs établi un lien direct entre l’exploitation illégale des ressources naturelles et la persistance des conflits armés dans cette région.

Monsieur le Président,

Au-delà de cette situation, la corrélation entre ressources naturelles et conflits armés se manifeste dans plusieurs régions du monde. Dans certaines zones du Sahel, dans certaines parties du Moyen-Orient, ainsi que dans certaines régions d’Amérique latine, la compétition pour le contrôle de ressources stratégiques — qu’il s’agisse d’hydrocarbures, de minerais ou d’autres richesses naturelles — continue d’alimenter les tensions et de fragiliser la stabilité régionale.

Ces dynamiques contribuent également à la déstabilisation transfrontalière, notamment à travers les flux de réfugiés, la criminalité organisée, les violations des droits humains et la militarisation de zones riches en ressources naturelles. Elles démontrent que la gouvernance des ressources naturelles constitue aujourd’hui un enjeu central pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Monsieur le Président,

Face à ces défis, il est essentiel de promouvoir une gouvernance responsable, transparente et inclusive des ressources minérales. Il est crucial que les États producteurs puissent exercer pleinement leur souveraineté sur les ressources issues de leur sous-sol, tout en veillant à ce que leur exploitation contribue réellement au développement économique et social de leurs populations.

Dans cette perspective, plusieurs priorités méritent d’être soulignées : renforcer la traçabilité et la transparence des chaînes d’approvisionnement des minerais critiques ; promouvoir la création de valeur ajoutée locale, notamment à travers la transformation des minerais dans les pays producteurs ; et lutter efficacement contre la fraude, la contrebande et l’exploitation illégale des ressources naturelles.

Monsieur le Président,

La République démocratique du Congo n’aborde pas cette question uniquement sous l’angle du constat. Elle est déjà activement engagée dans plusieurs initiatives visant à renforcer la transparence et la gouvernance des ressources naturelles.

À cet égard, mon pays participe notamment au Processus de Kimberley pour la traçabilité des diamants, ainsi qu’au mécanisme régional de certification mis en place par la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL, en sigle) qui applique les principes de diligence raisonnable de l’OCDE pour les chaînes d’approvisionnement en minerais.

Ces initiatives démontrent qu’il existe déjà des instruments concrets permettant de promouvoir une exploitation responsable des ressources naturelles. Elles pourraient utilement inspirer le renforcement d’un cadre international plus cohérent et plus efficace pour prévenir l’utilisation des ressources naturelles dans le financement des conflits.

Pour conclure, Monsieur le Président, il sied de souligner ce qui suit :

  1. Le secteur privé joue un rôle incontournable dans l’industrie minière et dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. A ce titre, son implication doit s’inscrire dans le respect strict des législations nationales et des principes de responsabilité sociale et environnementale ;
  2. Les entreprises opérant dans ce secteur doivent veiller à ce que leurs activités ne contribuent en aucune manière au financement de groupes armés ou à l’exploitation illégale des ressources naturelles. Elles doivent également contribuer au développement durable des pays dans lesquels elles opèrent, notamment à travers le transfert de technologies, la formation des ressources humaines locales et la mise en œuvre de projets de développement communautaire ;
  3. À l’heure où le monde s’engage dans une transformation énergétique majeure, il est essentiel que cette transition ne reproduise pas les injustices du passé ;
  4. La transition énergétique ne pourra être véritablement durable que si elle est également juste, responsable et bénéfique pour les peuples des pays producteurs de ces ressources.

Enfin, la République démocratique du Congo réaffirme sa volonté de travailler avec l’ensemble de ses partenaires afin de promouvoir une gouvernance équitable, transparente et responsable des ressources naturelles, au service de la paix, de la sécurité et du développement durable.

Je vous remercie.