Au Conseil de sécurité des Nations Unies, la République démocratique du Congo a réaffirmé que les opérations de paix ne peuvent produire des effets durables que si elles s’inscrivent dans une dynamique politique crédible, répondent aux attentes des populations et s’adaptent à l’évolution des contextes sécuritaires. À l’occasion de la 10137e séance consacrée aux opérations de maintien de la paix, la RDC a également mis en lumière les défis liés aux ressources, à l’adaptation des mandats et à la nécessité de renforcer les partenariats, notamment avec l’Union africaine.

Retrouvez ci-après l’intégralité de la déclaration prononcée par S.E. Mme Jocelyne Kabengele Lukundula, Ambassadeur et Représentante permanente adjointe de la RDC auprès des Nations Unies.


Madame la Présidente,

Je remercie le Royaume de Bahreïn pour la convocation de cette réunion. Je remercie également le Secrétaire général adjoint, Mr. Jean-Pierre Lacroix, le Lieutenant-Général Humphrey Nyone, Commandant de la MINUSCA, et le Général de division Ganesh Kumar Shrestha, Commandant de la FISNUA, pour leurs interventions exhaustives.

Cette session se tient dans un contexte particulier, marqué notamment par des contraintes de liquidité qui affectent la mise en œuvre effective des mandats confiés aux opérations de paix des Nations Unies.

La République démocratique du Congo rend un vibrant hommage à l’ensemble des Casques bleus, sans distinction, pour leur engagement constant et les sacrifices consentis dans des environnements souvent hostiles et au service de causes qui transcendent leurs intérêts nationaux.

Madame la Présidente,

La réflexion engagée sur l’adaptation des opérations de paix, notamment dans le cadre du Pacte pour l’avenir, répond à une exigence devenue incontournable : celle d’aligner nos outils sur la transformation profonde des environnements sécuritaires.

Les opérations de paix demeurent des instruments essentiels du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Toutefois, leur efficacité repose sur un équilibre délicat : elles ne peuvent se substituer au politique, mais doivent en créer les conditions. Leur succès reste indissociable de l’existence de processus politiques crédibles, du consentement des États hôtes, ainsi que de ressources prévisibles, adéquates et durables.

Dans des contextes marqués par la fragmentation des acteurs armés, la porosité des frontières et l’imbrication croissante des dynamiques nationales et régionales, la question n’est plus seulement celle de la présence des missions, mais de leur capacité réelle à s’adapter, à projeter leur action et à produire des effets tangibles sur le terrain.

Madame la Présidente,

Ma délégation souhaite formuler trois observations :

Premièrement, s’agissant de la MINUSCA, la République démocratique du Congo salue les efforts déployés par la Mission, notamment son appui à la sécurisation des élections du 28 décembre 2025 ainsi qu’aux préparatifs de celles du 26 avril 2026.

La composante militaire de la MINUSCA a engagé, au cours de la période 2025-2026, une adaptation notable de son dispositif, à travers la décentralisation de ses éléments vers l’arrière-pays. Ce repositionnement, combiné à un renforcement de la coopération avec les Forces armées centrafricaine illustre une volonté d’ancrage opérationnel plus proche des réalités locales et essentiel dans la lutte contre les groupes armés. Il en est de même de l’appui apporté au processus de DDR, qui a permis le désarmement de plus de 1.100 ex-combattants entre juillet et décembre 2025.

Toutefois, ces avancées ne doivent pas occulter les défis structurels persistants, entre autres la fragilité du cadre politique et les effets de débordement des crises régionales sur la stabilité du pays.

Deuxièmement, s’agissant du Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance des frontières, ma délégation note avec préoccupation les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre du mandat de la FISNUA, dans un contexte marqué par la dégradation de la situation politique et l’absence de dialogue soutenu entre le Soudan et le Soudan du Sud sur le statut d’Abyei.

Le retrait des sites du Mécanisme conjoint de vérification soulève des interrogations sérieuses quant à la capacité de la Mission à continuer d’assurer ses fonctions essentielles de surveillance, d’alerte précoce et de consolidation de la confiance.

Troisièmement, Monsieur le Président, la réflexion en cours sur l’avenir des opérations de paix traduit une évolution doctrinale majeure.

Le passage progressif de missions multidimensionnelles à des configurations plus légères, plus agiles et modulaires, répond à une nécessité opérationnelle. Toutefois, cette transition ne saurait être uniquement technique : elle appelle une clarification stratégique sur les objectifs poursuivis et les conditions de réussite de ces nouveaux modèles.

L’intégration accrue des outils technologiques, la recherche d’une plus grande mobilité, ainsi que la prise en compte de menaces émergentes telles que la désinformation ou les risques cybernétiques, constituent des évolutions pertinentes.

Par exemple, à ce jour en RDC, la MONUSCO fait déjà usage des technologies pour la surveillance et la stabilisation. Elle utilise déjà notamment les drones avec des caméras infrarouges pour la surveillance des groupes armés.

Mais, au-delà de ces ajustements, la primauté du politique doit rester le principe structurant. Les opérations de paix ne peuvent être conçues que comme des instruments temporaires, au service de solutions politiques négociées. Dans cette optique, le renforcement des partenariats avec les organisations régionales, en particulier l’Union africaine, apparaît essentiel.

Madame la Présidente,

Pour ma délégation, l’expérience des terrains africains montre que la pertinence des opérations de paix ne se mesure pas uniquement à leur capacité de déploiement, mais à leur aptitude à s’inscrire dans une dynamique politique crédible, à répondre aux attentes des populations et à s’adapter à des environnements en constante mutation. C’est à cette condition qu’elles continueront de constituer un pilier central de notre architecture collective de paix et de sécurité.

 Je vous remercie.