Lors d’une séance du Conseil de sécurité consacrée à la situation en Haïti, les A3 — République démocratique du Congo, Libéria et Somalie — ont exprimé leur profonde préoccupation face à la persistance de la violence des gangs, à la dégradation de la situation humanitaire et aux conséquences de la crise sur les populations civiles, notamment les enfants et les groupes vulnérables.
Tout en soutenant les efforts visant au renforcement de la sécurité et au rétablissement de l’autorité de l’État, les A3 ont souligné que toute opération sécuritaire devait être menée dans le strict respect du droit international et des droits de l’homme. Ils ont également appelé à lutter plus efficacement contre les flux illicites d’armes et les réseaux de financement de la criminalité.
Sur le plan politique, les A3 ont salué les progrès accomplis et encouragé les parties prenantes haïtiennes à poursuivre un dialogue inclusif, à préserver la dynamique engagée vers le rétablissement pacifique de l’ordre constitutionnel et à préparer des élections crédibles.
En conclusion, ils ont insisté sur la nécessité d’une réponse globale, dans laquelle la sécurité, le dialogue politique, l’action humanitaire, le relèvement institutionnel et l’obligation de rendre des comptes progressent simultanément.
Les A3 ont enfin réaffirmé leur solidarité avec le peuple haïtien ainsi que leur attachement indéfectible à la souveraineté, à l’unité et à l’intégrité territoriale d’Haïti.
Retrouvez ci-dessous l’intégralité de la déclaration prononcée, au nom des A3, par l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies.
Madame la Présidente,
J’ai l’honneur de prononcer cette déclaration au nom des A3, à savoir le Libéria, la Somalie et mon propre pays, la République démocratique du Congo.
Nous remercions le représentant spécial du Secrétaire Général et chef du BINUH, Monsieur Carlos Ruiz Massieu, ainsi que le Sous-Secrétaire Général par intérim d’OCHA, Monsieur Indrika Ratwatte, pour leurs exposés complets.
Nous saluons également la participation des représentants d’Haïti, du Brésil, d’Argentine et du Mexique à cette réunion.
Madame la Présidente,
Les A3 demeurent profondément préoccupés par la situation sécuritaire en Haïti.
La violence des gangs continue de faire des victimes, de provoquer des déplacements de communautés et d’affaiblir l’autorité de l’État.
L’attaque perpétrée le 24 août à Kenscoff, qui a causé d’importantes pertes civiles, constitue un rappel tragique des souffrances endurées par le peuple haïtien.
Nous condamnons avec la plus grande fermeté les violences visant les civils, les entraves à la circulation sur les routes et les voies d’approvisionnement, ainsi que les actes d’intimidation visant les communautés.
Ces actes ont gravement restreint l’accès humanitaire et perturbé la vie quotidienne de la population.
À cet égard, les A3 saluent le lancement des opérations de la force de lutte contre les gangs, ainsi que les efforts déployés par le Bureau de la sécurité des Nations Unies en Haïti pour soutenir son déploiement.
Les A3 attendent avec intérêt la poursuite du déploiement de cette force, et espèrent qu’elle atteindra rapidement sa pleine capacité opérationnelle, conformément à son mandat, et en appui aux efforts de stabilisation menés par le gouvernement haïtien.
Les A3 soulignent que toutes les opérations de sécurité, y compris celles impliquant l’utilisation de drones armés dans des zones peuplées, doivent être menées dans le strict respect du droit international, des droits de l’homme.
Il est essentiel de disposer de structures, de commandements clairs, d’une supervision efficace par l’État, et de mécanismes indépendants et crédibles pour enquêter sur les allégations de préjudice causé aux civils.
Toutefois, les efforts en matière de sécurité, bien qu’essentiels, ne suffiront pas à eux seuls.
Des progrès durables dépendront du rétablissement de l’autorité de l’État, du renforcement des institutions nationales, du rétablissement des services essentiels, et d’une action décisive contre les flux illicites d’armes et les réseaux de financement de la criminalité.
La situation humanitaire en Haïti demeure alarmante.
Les informations selon lesquelles près de 1,5 million de personnes ont tant besoin d’assistance sont extrêmement préoccupantes.
Elles reflètent les souffrances bien réelles d’une population qui a déjà trop souffert.
Nous appelons au respect intégral des principes humanitaires, ainsi qu’à un accès sûr et continu à l’aide.
Nous sommes également vivement préoccupés par les répercussions de la crise sur les enfants et les autres groupes vulnérables.
Leur protection doit demeurer au cœur de tous les efforts de réponse.
Les A3 sont profondément préoccupés par la crise aiguë liée à la détention, et en particulier par ses répercussions sur les enfants.
Nous appelons à la mise en œuvre effective du protocole de transfert, et demandons que les enfants appréhendés lors des opérations de sécurité soient orientés, dans la mesure du possible, vers des dispositifs appropriés de protection de l’enfance et des mesures non privatives de liberté, dans le respect de leurs droits et de leurs intérêts supérieurs.
S’agissant du processus politique, les A3 se félicitent des progrès accomplis à ce jour.
L’engagement continu des parties prenantes haïtiennes, ainsi que les efforts déployés pour faire avancer le dialogue et préserver un cadre propice au rétablissement pacifique de l’ordre constitutionnel, sont encourageants.
Nous saluons tous ceux qui œuvrent de manière constructive en faveur du consensus et de la stabilité.
Nous prenons également note des mesures prises pour faire avancer les arrangements institutionnels et préparer la tenue d’élections crédibles.
Ces efforts, bien que fragiles, témoignent d’une volonté de mener une transition dirigée par les Haïtiens et dont ils s’approprient le processus.
Les A3 encouragent toutes les parties prenantes haïtiennes à tirer parti de cette dynamique, à poursuivre un dialogue inclusif, et à placer l’intérêt national au-dessus de toute autre considération.
Pour conclure, Madame la Présidente, les A3 estiment qu’Haïti a besoin d’une réponse globale : la sécurité, le dialogue politique, l’action humanitaire, le relèvement institutionnel, et l’obligation de rendre des comptes doivent progresser de pair.
Les avancées réalisées sur le plan politique doivent être préservées et approfondies.
Elles offrent une occasion importante de rétablir la confiance, de progresser vers le rétablissement de l’ordre institutionnel, et de créer les conditions d’une stabilité durable.
Le peuple haïtien mérite une voix crédible vers la paix, le rétablissement de la gouvernance, et le retour effectif de l’État.
Nous exhortons donc la communauté internationale à maintenir son engagement, sa coordination et sa cohérence dans le soutien qu’elle apporte à Haïti.
Les A3 réaffirment leur solidarité avec le peuple haïtien, ainsi que leur attachement indéfectible à la souveraineté, à l’unité et à l’intégrité territoriale d’Haïti.
Nous sommes prêts à soutenir les efforts visant à aider Haïti à surmonter cette crise et à rétablir la paix, la stabilité et l’ordre constitutionnel.
Je vous remercie.