Réunis au sein des A3, la République démocratique du Congo, le Liberia et la Somalie ont appelé, le 13 août 2026, à la désescalade au Yémen, au respect du droit international humanitaire, à la protection des civils et à la reprise du dialogue dans le cadre du processus politique dirigé par les Nations Unies.

Prononcée par S.E. M. Baba Sillah, Représentant permanent adjoint du Liberia auprès des Nations Unies, la déclaration réaffirme le soutien des A3 à la souveraineté, à l’indépendance, à l’unité et à l’intégrité territoriale du Yémen.

Les A3 ont notamment souligné qu’il n’existe pas de solution militaire au conflit et appelé toutes les parties à renoncer à l’escalade, à revenir au dialogue et à s’engager de manière constructive dans le processus dirigé par les Nations Unies.

L’intégralité de la déclaration des A3 est publiée dans les lignes ci-dessous.

Madame la Présidente,

1. J’ai l’honneur de prononcer cette déclaration au nom des A3, à savoir la République démocratique du Congo, la Somalie et mon propre pays, le Libéria. Nous remercions l’Envoyé spécial Hans Grundberg et le Secrétaire général adjoint Tom Fletcher pour leurs exposés.

2. Nous souhaitons la bienvenue au Représentant permanent du Yémen à cette réunion.

3. Les A3 est profondément alarmés par la grave détérioration de la situation sécuritaire au Yémen. Les développements intervenus au cours des dernières semaines montrent une fois de plus que le Yémen est aujourd’hui exposé à un risque de reprise d’un conflit de grande ampleur plus élevé qu’à tout autre moment depuis la trêve d’avril 2022. La nouvelle escalade risque d’annuler des années d’accalmie relative, de saper le processus politique dirigé par les Nations Unies et d’infliger de nouvelles souffrances au peuple yéménite. Le Yémen ne doit pas devenir le théâtre d’une confrontation régionale plus large.

4. À cet égard, les A3 mettent en évidence les points suivants :

5. Premièrement, les A3 réaffirment leur soutien indéfectible à la souveraineté, à l’indépendance, à l’unité et à l’intégrité territoriale du Yémen. Nous prenons également note de la déclaration à la presse du Conseil réaffirmant la souveraineté du Yémen sur son espace aérien et précisant que tous les vols doivent être préalablement autorisés par le Gouvernement yéménite. L’avenir du Yémen doit être écrit par les Yéménites eux-mêmes, dans le cadre d’un processus inclusif dirigé par les Nations Unies. À cet égard, nous réaffirmons notre ferme soutien aux efforts de l’Envoyé spécial Hans Grundberg et au processus politique dirigé par les Nations Unies.

6. Nous exhortons toutes les parties à aller au-delà de la simple gestion du conflit et à s’engager à s’attaquer aux causes profondes de celui-ci. La paix ne peut pas simplement être gérée ; elle doit être construite sur le socle d’un véritable dialogue.

7. Deuxièmement, nous sommes profondément préoccupés par la nouvelle escalade au Yémen. Les combats dans les régions de Ma’rib et de l’Hadramaout montrent à quel point les acquis durement obtenus peuvent rapidement disparaître. Nous sommes alarmés par les informations faisant état d’attaques depuis le début du mois d’août, notamment des bombardements visant des zones civiles ainsi qu’un vaste camp de déplacés dans la ville de Ma’rib, qui accueille plus de deux millions de personnes déplacées, faisant des morts et des blessés parmi les civils. Lorsque la force militaire se substitue à la diplomatie, ce sont toujours les populations civiles innocentes qui en paient le prix.

8. Nous exigeons le plein respect du droit international humanitaire, en particulier des principes de distinction, de proportionnalité et de précaution. Les frappes transfrontalières contre le Royaume d’Arabie saoudite, les attaques contre les infrastructures énergétiques et les blocus maritimes déclarés menacent d’internationaliser le conflit. Les acteurs régionaux doivent exercer leur influence de manière responsable. Sur le plan intérieur, nous encourageons tous les acteurs à Aden et dans les gouvernorats du Sud à résoudre les tensions politiques par le dialogue afin de préserver la cohésion institutionnelle.

9. Troisièmement, comme nous ne cessons de le constater, la situation humanitaire et économique au Yémen demeure extrêmement grave, avec des conséquences dévastatrices pour les femmes et les filles. Près de 11 millions de femmes et de filles ont besoin d’une aide humanitaire, dont 5,5 millions sont en âge de procréer et 750 000 sont enceintes. Quatre femmes sur cinq n’ayant pas accès aux soins de santé reproductive sont exposées à de graves risques, contribuant à trois décès maternels évitables chaque jour. Parallèlement, l’effondrement du système de santé a favorisé des flambées épidémiques, notamment la recrudescence de la rougeole à Ma’rib, avec plus de 1 600 cas et 12 décès.

Les frappes contre le port d’al-Makha, les 9, 10 et 11 août, ont endommagé les quais, des marchandises commerciales et des approvisionnements alimentaires, entravant directement des importations vitales. L’aide humanitaire est une bouée de sauvetage pour des millions de personnes, et non une monnaie d’échange dans la guerre.

10. Nous appelons à garantir un accès humanitaire total, sûr et sans entrave, à assurer un financement flexible et à favoriser la stabilisation économique. Les A3 demeurent particulièrement préoccupés par la détention continue, par les Houthis, de membres du personnel des Nations Unies, de travailleurs humanitaires, de membres du personnel d’ONG, de représentants de la société civile ainsi que de personnels associés aux missions diplomatiques.

Ce mois-ci marque le deuxième anniversaire de la première vague d’arrestations massives ayant touché des personnes travaillant à l’appui des efforts humanitaires, de développement et diplomatiques à travers le Yémen. Nous exigeons la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes détenues. Les A3 saluent le récent accord négocié sous l’égide des Nations Unies visant à libérer plus de 1 600 personnes détenues dans le cadre du conflit, mesure positive susceptible de contribuer à instaurer la confiance alors que celle-ci fait cruellement défaut.

11. Nous appelons toutes les parties à garantir un accès humanitaire total, sûr, rapide et sans entrave, et à protéger le personnel et les biens humanitaires tout en facilitant la circulation en toute sécurité des travailleurs et des approvisionnements.

L’aide humanitaire ne doit pas être politisée, détournée ou entravée. Nous exhortons également la communauté internationale à fournir un financement suffisant, prévisible et flexible pour les opérations humanitaires, parallèlement à un soutien au relèvement rapide, aux moyens de subsistance, aux services essentiels et à la stabilisation économique.

L’aide humanitaire à elle seule ne peut pas résoudre la crise au Yémen. Une paix durable nécessitera des dispositifs concrets en faveur du redressement économique, de la stabilisation institutionnelle et du rétablissement des services publics essentiels.

12. Enfin, les attaques contre les navires commerciaux en mer Rouge, dans le détroit de Bab el-Mandeb et dans le golfe d’Aden menacent la liberté de navigation, perturbent les chaînes d’approvisionnement et font augmenter le coût des produits de base à l’échelle mondiale.

Les frappes contre le port d’al-Makha et l’interception d’un navire sans équipage chargé d’explosifs qui s’approchait de son quai commercial démontrent que cette menace vise désormais directement les infrastructures portuaires essentielles à la survie du Yémen.

Compte tenu de l’importance stratégique du détroit de Bab el-Mandeb pour l’Afrique et le commerce mondial, la sécurité maritime et la stabilité politique du Yémen sont indissociables et doivent être abordées conjointement.

Madame la Présidente,

13. Il n’existe pas de solution militaire à ce conflit. Le peuple yéménite mérite la paix, des institutions fonctionnelles et des perspectives économiques. Les A3 appellent toutes les parties à renoncer à l’escalade, à revenir au dialogue et à s’engager de manière constructive dans le processus dirigé par les Nations Unies.

Nous sommes prêts à travailler avec tous les membres de ce Conseil afin de veiller à ce qu’il réponde à ce moment avec unité et urgence.

Je vous remercie.