Lors de la 10205e séance du Conseil de sécurité consacrée aux menaces terroristes, la République démocratique du Congo a réaffirmé sa condamnation du terrorisme sous toutes ses formes et appelé à une réponse globale associant mesures sécuritaires, lutte contre les financements illicites, coopération judiciaire, prévention de l’extrémisme violent et traitement de ses causes profondes.

La déclaration, prononcée par S.E. Mme Jocelyne Kabengele Lukundula, Ambassadeur et Représentante permanente adjointe de la RDC auprès des Nations Unies, a notamment dénoncé les attaques des ADF dans l’est du pays, les liens entre terrorisme, criminalité organisée et exploitation illégale des ressources naturelles, ainsi que l’utilisation croissante des nouvelles technologies par les groupes terroristes.

La RDC a également réaffirmé son soutien aux mécanismes antiterroristes des Nations Unies et insisté sur le respect de la Charte, de la souveraineté des États, de l’état de droit, des droits de l’homme et du droit international humanitaire.

Ci-dessous, l’intégralité de la déclaration de la République démocratique du Congo.

Madame la Présidente,

La République démocratique du Congo tient, avant toute chose, à adresser ses chaleureuses félicitations au Royaume du Danemark pour son accession à la présidence du Conseil de sécurité au titre du mois d’août. Ma délégation vous remercie également d’avoir convoqué cette réunion consacrée à une menace qui continue de mettre à rude épreuve la paix et la sécurité internationales. Je tiens également à remercier Madame Oguljeren Niyazberdiyeva, Cheffe du Bureau du Sous-Secrétaire général du Bureau des Nations Unies de lutte contre le terrorisme, ainsi que Madame Carmen G. Cantor, Directrice exécutive adjointe de la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme, pour leurs exposés.

Madame la Présidente,

Comme le relève le vingt-troisième rapport stratégique biennal du Secrétaire général (S/2026/673), le terrorisme demeure l’un des défis les plus graves auxquels notre communauté internationale est aujourd’hui confrontée. Par son caractère transnational, sa capacité d’adaptation et le recours croissant aux nouvelles technologies, aux réseaux criminels ainsi qu’à des modes de financement toujours plus sophistiqués, il continue de menacer la stabilité des États, de fragiliser les sociétés et de mettre à rude épreuve la paix et la sécurité internationales.

Si aucune région du monde ne peut désormais se considérer totalement à l’abri de cette menace, le Moyen-Orient et l’Afrique en demeurent les principaux foyers.

Au Moyen-Orient, malgré les revers significatifs subis par son commandement central, l’EIIL/Daech conserve une capacité préoccupante de résilience et de mutation, en s’appuyant sur des affiliés régionaux, des mécanismes de financement diversifiés et l’exploitation croissante des nouvelles technologies.

En Afrique, les activités persistantes de la Province de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), le renforcement de l’État islamique dans le Grand Sahara (ISGS), ainsi que l’activisme d’autres groupes terroristes continuent d’alimenter une insécurité chronique qui fragilise durablement les États et les populations. Cette évolution appelle un soutien accru aux efforts africains de lutte contre le terrorisme, notamment à travers le renforcement des capacités nationales, le partage du renseignement et une coopération régionale renforcée.

La République démocratique du Congo n’échappe malheureusement pas à cette réalité. Dans l’est de mon pays, les Forces démocratiques alliées (ADF) poursuivent leurs attaques contre les populations civiles, en particulier les femmes et les enfants. Par les massacres, les enlèvements, les violences sexuelles et la destruction de villages, ce groupe armé terroriste continue de semer la terreur, d’affaiblir l’autorité de l’État et de compromettre la stabilité de la région des Grands Lacs.

Cette situation illustre combien les groupes terroristes savent exploiter les conflits armés, les fragilités institutionnelles et les crises humanitaires pour étendre leur emprise. Elle nous rappelle surtout qu’aucune région ne saurait être durablement épargnée si nous ne faisons pas preuve d’une vigilance constante et d’une coopération internationale résolue, fondée sur la solidarité, le partage d’informations et le respect du droit international.

Madame la Présidente,

La lutte contre le terrorisme exige également de priver les organisations terroristes des ressources qui alimentent leurs activités et assurent leur résilience.

À cet égard, nous saluons les efforts déployés par le Bureau des Nations Unies de lutte contre le terrorisme (UNOCT), la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme (CTED), le Groupe d’action financière (GAFI), l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), ainsi que les organisations régionales, pour renforcer les capacités des États en matière de lutte contre les flux financiers illicites, de contrôle des frontières et de coopération opérationnelle.

Nous demeurons particulièrement préoccupés par le recours croissant aux actifs virtuels, aux systèmes informels de transfert de fonds, aux enlèvements contre rançon ainsi que par les liens toujours plus étroits entre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée. En République démocratique du Congo, les groupes terroristes exploitent également les trafics illicites, notamment l’exploitation illégale des ressources naturelles, pour financer leurs activités. Il est donc essentiel de renforcer les mécanismes de coopération régionale et internationale afin de démanteler ces réseaux financiers et logistiques.

L’évolution technologique accentue également la complexité de cette menace. L’intelligence artificielle, les drones, les communications chiffrées et les plateformes numériques sont désormais détournés à des fins de recrutement, de propagande, de financement et de planification opérationnelle. Nous saluons, à cet égard, les initiatives conduites par l’UNOCT, la CTED, l’ONUDC et INTERPOL afin d’accompagner les États membres dans l’adaptation de leurs capacités face à ces nouveaux défis, dans le plein respect de la Charte des Nations Unies et du droit international.

Madame la Présidente,

Les femmes et les jeunes filles continuent de payer un tribut particulièrement lourd au terrorisme. Dans de nombreuses régions touchées par les conflits, elles demeurent les premières victimes des enlèvements, des violences sexuelles, des mariages forcés, de la traite des êtres humains et d’autres formes d’exploitation utilisées comme instruments de terreur.

À cet égard, les résolutions 1325 (2000) et 2242 (2015) rappellent l’importance de garantir leur protection, de renforcer leur participation aux mécanismes de prévention des conflits et d’intégrer pleinement la dimension du genre dans les stratégies de lutte contre le terrorisme.

Au-delà de la réponse sécuritaire, indispensable pour protéger les populations, une stratégie durable doit également s’attaquer aux causes profondes de l’extrémisme violent, notamment les conflits prolongés, la faiblesse de la gouvernance, la pauvreté, les inégalités, la marginalisation des jeunes et l’absence de perspectives économiques. À cet effet, nous soutenons les efforts des Nations Unies visant à renforcer la résilience des communautés, à promouvoir l’engagement des jeunes, à favoriser la réhabilitation et la réintégration des personnes désengagées des groupes terroristes et à lutter contre les discours extrémistes, en ligne comme hors ligne.

Madame la Présidente,

Ma délégation demeure convaincue que la lutte contre le terrorisme ne saurait produire tous ses effets sans un renforcement de la coopération judiciaire internationale. Les auteurs, commanditaires, financiers et soutiens des actes terroristes doivent répondre de leurs actes, tandis que les victimes doivent pouvoir accéder à la justice dans le respect des principes de l’État de droit.

À cet égard, la République démocratique du Congo estime qu’il demeure souhaitable que la communauté internationale poursuive ses efforts en vue de parvenir à une définition juridique universellement acceptée du terrorisme. Une telle avancée contribuerait à renforcer la sécurité juridique, à faciliter la coopération internationale et à consolider l’efficacité de la lutte contre l’impunité.

Par ailleurs, le régime de sanctions établi par les résolutions 1267 (1999), 1989 (2011) et 2253 (2015) demeure un instrument important dans la lutte contre les réseaux terroristes. Son efficacité repose sur une mise en œuvre rigoureuse, impartiale et cohérente par l’ensemble des États Membres, fondée sur des critères objectifs et régulièrement actualisés.

Madame la Présidente,

Aucun État, quels que soient ses moyens, ne peut relever seul un défi dont les ramifications transcendent les frontières et les continents. C’est pourquoi la République démocratique du Congo réaffirme son plein soutien à la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies, au Pacte mondial de coordination contre le terrorisme, ainsi qu’aux efforts continus de l’UNOCT et de la CTED visant à renforcer durablement les capacités des États Membres.

Notre action collective doit demeurer guidée par les buts et principes de la Charte des Nations Unies, le respect de la souveraineté des États, l’état de droit, le droit international des droits de l’homme ainsi que le droit international humanitaire.

Madame la Présidente,

Pour conclure, la République démocratique du Congo réitère sa condamnation sans équivoque du terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, quels qu’en soient les auteurs, les motivations ou le lieu où ces actes sont perpétrés.

Elle demeure convaincue que la réponse à cette menace ne saurait être exclusivement sécuritaire. Si les mesures militaires et répressives sont indispensables, elles ne produiront des effets durables que si elles s’accompagnent d’actions résolues en faveur du renforcement de l’État de droit, de la bonne gouvernance, du développement, de la prévention de l’extrémisme violent et de la coopération internationale.

Face à une menace en constante mutation, seule une approche globale, fondée sur le multilatéralisme, la solidarité entre les États et le respect du droit international, permettra d’en traiter durablement les causes profondes, de protéger les populations civiles et de préserver la paix et la sécurité internationales.

Je vous remercie.