À l’occasion de la présentation du Rapport du Secrétaire général sur la MONUSCO, la République démocratique du Congo, représentée par son Représentant permanent, l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, est intervenue devant le Conseil de sécurité pour réaffirmer qu’aucune paix durable ne peut être envisagée sans respect strict de sa souveraineté et de son intégrité territoriale. Tout en mettant en avant le rôle central de la MONUSCO dans le dispositif de cessez-le-feu, les efforts de médiation en cours et la nécessité d’un renforcement de la pression internationale contre les acteurs de déstabilisation, la RDC a également exercé son droit de réponse à la suite de la déclaration faite par le Représentant permanent du Rwanda. Dans cette réplique, elle a martelé qu’aucune solution durable n’est possible sans démantèlement des administrations parallèles, rétablissement de l’autorité de l’État et exécution effective des décisions du Conseil de sécurité.

Voici l’intégralité de cette intervention.

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Monsieur le Président,

La République démocratique du Congo salue votre présence, Monsieur Massad Boulos, Conseiller principal aux Affaires africaines et arabes du Président Trump, et remercie Mme Vivan van de Perre, Représentante spéciale adjointe pour la protection et les opérations au sein de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo pour son exposé. Nous saisissons également cette occasion pour rendre hommage au personnel de la MONUSCO, qui continue d’accomplir son mandat dans des conditions particulièrement difficiles et dangereuses.

Permettez moi également, au nom de mon Gouvernement, d’adresser mes condoléances les plus sincères à la France, aux Nations Unies, à la grande famille humanitaire ainsi qu’aux familles biologiques de quatre personnes fauchées dans l’incident du 11 mars 2026. Il s’agit notamment de Madame Karine Buisset, ressortissante française, cadre de l’UNICEF, qui a dédié sa vie au service de l’humanité, ainsi que de trois autres citoyens congolais.

Mon Gouvernement suit de très près la situation. Des vérifications sont en cours afin d’apporter la lumière sur les circonstances exactes ayant conduit à cette tragédie, survenue à Goma, une ville actuellement sous contrôle du M23 appuyé par le Rwanda.

Pour la République démocratique du Congo, la protection des populations civiles et du personnel humanitaire demeure une priorité constante.

 Monsieur le Président,

Je n’aurais pas souhaité intervenir à ce stade surtout après la prise de position des A3, dont nous faisons partie, mais entendre la déclaration du Représentant du Rwanda, je me sens obligé de dire quelque chose au titre national.

S’associant à la déclaration des A3, la République démocratique du Congo exprime sa profonde indignation face à la poursuite des hostilités dans l’Est de son territoire, en violation flagrante des engagements pris dans les cadres des processus de Washington et de Doha. Le rapport du Secrétaire général est sans ambiguïté : les offensives du M23 se poursuivent avec le soutien des Forces de défense rwandaises. Ces faits, établis au plus haut niveau des Nations Unies, confirment une violation grave de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de mon pays.

Sur le terrain, cette coalition M23/RDF continue d’occuper des localités congolaises, d’y établir des administrations parallèles et de menacer de nouvelles avancées militaires. Les conséquences pour les populations civiles sont dramatiques : des centaines de civils ont été tués, dont des femmes et des enfants, des millions de personnes ont été déplacées et des violations graves et massives des droits humains continuent d’être documentées, le M23 étant identifié comme le principal auteur de ces abus.

À Goma et à Bukavu, et partout sur les territoires contrôlés par les forces rwandaises, l’espérance de vie des jeunes congolais est passée de 24 heures, un véritable génocide qui mérite d’être arrêté.

Ces actes ne peuvent être relativisés. Ils ne constituent pas de simples incidents, mais des violations graves du droit international et une atteinte directe à l’autorité du Conseil de sécurité.

Dans ce contexte, la République démocratique du Congo appelle à la mise en œuvre immédiate, intégrale et sans concession de la résolution 2773, notamment le retrait des Forces de défense rwandaises du territoire congolais et la cessation immédiate des hostilités par le M23. Le respect des décisions du Conseil de sécurité ne saurait être optionnel.

 La République démocratique du Congo tient à réaffirmer l’importance centrale de la MONUSCO comme pilier de la protection des civils et de la stabilisation. Dans la phase actuelle, son rôle dans l’architecture du cessez-le-feu est déterminant. Sa participation au Mécanisme conjoint de vérification élargi (EJVM+), son appui au mécanisme de suivi du cessez-le-feu et ses contributions techniques constituent des éléments essentiels pour assurer la crédibilité du processus.

Le renforcement du rôle de la MONUSCO dans le monitoring du cessez-le-feu est indispensable pour garantir la transparence, la vérification indépendante et la responsabilisation des parties. À cet égard, mon pays insiste sur la nécessité de garantir la pleine liberté de mouvement de la Mission, la levée de toutes les restrictions dans les zones sous contrôle du M23 et la mise à disposition de ressources adéquates pour lui permettre d’exécuter pleinement son mandat.

La République démocratique du Congo réaffirme, par ailleurs, son engagement constant, sincère et de bonne foi dans les processus politiques en cours. Nous restons pleinement engagés dans les processus de Washington et de Doha, ainsi que dans l’ensemble des initiatives régionales et internationales visant à parvenir à une paix durable.

Nous réitérons notre adhésion pleine et entière à la médiation conduite par l’Union africaine, qui demeure essentielle dans la recherche d’une solution politique. À cet égard, nous saluons le rôle du médiateur de l’Union africaine, félicitons le médiateur togolais pour ses efforts soutenus, ainsi que l’ensemble des facilitateurs et partenaires engagés, notamment l’Union africaine, les États-Unis, le Qatar et les organisations régionales. Nous appelons à redoubler d’efforts, à renforcer la coordination entre les différentes initiatives et à maintenir une pression constante sur les parties qui persistent à violer leurs engagements.

La République démocratique du Congo prend également note avec satisfaction des mesures adoptées par certains partenaires internationaux, notamment l’Union européenne et les États-Unis, à travers des sanctions visant des responsables impliqués dans la déstabilisation de la région. Ces mesures constituent un signal important et doivent être renforcées afin de mettre fin à l’impunité.

Monsieur le Président,

La République démocratique du Congo réaffirme son droit légitime à restaurer pleinement son autorité sur l’ensemble de son territoire. Aucune solution durable ne pourra être envisagée sans le respect strict de son intégrité territoriale, le démantèlement des administrations parallèles et le rétablissement effectif de l’autorité de l’État.

La position de mon Gouvernement est claire : il ne peut y avoir de paix sans respect de la souveraineté, il ne peut y avoir de processus crédible sans mise en œuvre des engagements, et il ne peut y avoir de stabilité sans responsabilité.

La République démocratique du Congo ne manque ni de volonté ni d’engagement. Ce qui est attendu aujourd’hui, c’est une action résolue, cohérente et collective pour faire respecter les décisions de ce Conseil et mettre fin aux souffrances du peuple congolais.

Le moment n’est plus aux déclarations d’intention. Il est à l’action.

Permettez moi, pour terminer, Monsieur le Président, sans abuser de votre temps, de répliquer succinctement à ce que le Représentant du Rwanda venait de dire notamment en ce qui concerne les FDLR et les discours de haine. Ce sont des choses sur lesquelles nous sommes revenus plusieurs fois, je ne vais pas en abuser.

Je voudrai tout simplement dire que les FDLR dont le Rwanda parle sont des citoyens rwandais, et que la plupart d’entre eux se trouvent sur le territoire qui est contrôlé actuellement par le Rwanda, c’est-à-dire l’Est de la RDC, la partie de Goma, la partie de Bukavu.

Nous avons accepté de collaborer à cette activité pour apporter la paix chez nous et nous sommes disposés à exécuter les obligations qui nous incombent à ce titre-là. Les discours de haine dont ils ont parlé, c’est finalement quelque chose qui nous étonne car le Rwanda s’est permis d’envahir le territoire de tout un pays mais craint un discours de haine, alors qu’il conduit un génocide sur le territoire de la République démocratique du Congo.

L’exploitation des ressources naturelles : il nous a pris trente ans pour convaincre ce Conseil que les minerais exportés par le Rwanda sont exploités sur le territoire congolais. Dieu merci que la vérité a fini par triompher. Aujourd’hui, je crois que ce Conseil a compris et nous croyons aussi que la Communauté internationale a compris.

Monsieur le Président, je ne vais pas abuser de votre temps.

J’ai dit et je vous remercie.