À l’occasion de la présentation du Rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la MONUSCO, les A3 — la République démocratique du Congo, la Somalie et le Libéria — ont exprimé devant le Conseil de sécurité leur profonde préoccupation face à la dégradation persistante de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC. Dans leur déclaration, ils ont appelé à un cessez-le-feu effectif et durable, à une mise en œuvre rigoureuse des engagements pris dans les cadres de Washington et de Doha, ainsi qu’au renforcement du rôle de la MONUSCO dans le suivi du cessez-le-feu, la protection des civils et l’appui aux mécanismes régionaux. Les A3 ont également plaidé pour une architecture régionale consolidée de mise en œuvre de la paix, fondée sur la responsabilité, la transparence et la coordination des médiations, tout en réaffirmant leur attachement indéfectible à la souveraineté, à l’unité et à l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo.


Ci-dessous, l’intégralité de la déclaration qui a été faite par l’Ambassadeur Lewis G. Brown II, Représentant permanent du Libéria auprès des Nations Unies.

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Monsieur le Président,

  1. J’ai l’honneur de prononcer cette déclaration au nom des A3, à savoir la République démocratique du Congo, la Somalie et mon propre pays, le Libéria.
  2. Nous remercions la Représentante spéciale par intérim, Mme Vivian van de Perre, pour son exposé. Nous saluons les services rendus par la Représentante spéciale sortante, Mme Bintou Keita, et souhaitons la bienvenue à M. James Swan au moment où il prend la direction de la MONUSCO à ce tournant décisif.

Monsieur le Président,

  1. Depuis trop longtemps, l’est de la République démocratique du Congo est le théâtre où se heurtent griefs anciens, ambitions nouvelles et intérêts extérieurs, laissant derrière eux des millions de déplacés et beaucoup trop de morts. L’introduction de moyens aériens sophistiqués, y compris les récentes attaques de drones à Kisangani et à Goma, traduit une escalade alarmante. Des civils, des travailleurs humanitaires et même du personnel des Nations Unies en ont, une fois encore, payé de leur vie. Ce ne sont pas seulement des violations : ce sont des atteintes à notre humanité commune. Dans un tel contexte, la mise en œuvre impérative d’un cessez-le-feu relève de bien plus qu’une simple urgence.
  2. En ce qui concerne les efforts diplomatiques :

Les A3 exhortent toutes les parties à prendre des mesures immédiates pour mettre fin à la violence et soulignent l’urgence de combler le fossé entre les efforts diplomatiques et les dynamiques sécuritaires sur le terrain.

  1. À cet égard, ils saluent l’engagement de l’État du Qatar, des États-Unis, de la médiation de l’Union africaine, ainsi que de l’Angola, en faveur de la paix et de la stabilité en République démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs, et se félicitent de la conclusion, le 4 décembre 2025, des Accords de Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, sous les auspices du Gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Monsieur le Président,

  1. S’agissant des mesures visant à l’opérationnalisation du cessez-le-feu, il convient de rappeler que, dans sa lettre datée du 27 février 2026 adressée au Président du Conseil de sécurité, le Secrétaire général a indiqué que la MONUSCO pourrait potentiellement nécessiter un déploiement supplémentaire, dans le cadre de l’approche graduelle, afin d’apporter un appui durable aux efforts de suivi et de vérification du cessez-le-feu dans les zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les A3 demeurent engagés dans cette entreprise, en vue de parvenir à un cessez-le-feu effectif et durable.
  2. Toutefois, le respect du cessez-le-feu demeure un défi qui reste à surmonter ; car le 10 décembre 2025, soit le lendemain de la conclusion des Accords de Washington, l’AFC/M23 et ceux qui les soutiennent ont, une fois encore, défié l’humanité en s’emparant d’Uvira, ville d’importance stratégique tant pour la République démocratique du Congo que pour le Burundi voisin. Il a fallu des pressions internationales pour que l’AFC/M23 annonce finalement son retrait d’Uvira le 17 janvier, tout en appelant simultanément au déploiement d’une force internationale neutre afin de permettre une reprise crédible des efforts politiques.
  3. En conséquence, les A3 prennent note avec satisfaction de la signature des termes de référence du Mécanisme conjoint de vérification élargi (EJVM+) lors de la septième réunion du COVM, tenue à Doha le 2 février 2026. Ils considèrent le déploiement des missions de l’EJVM+ à Uvira comme une avancée significative dans l’opérationnalisation de l’architecture du cessez-le-feu et comme une manifestation claire de la volonté des parties de désamorcer les tensions.
  4. À cette fin, les A3 souhaitent encourager tous les efforts politiques et diplomatiques visant à instaurer un cessez-le-feu durable découlant de la résolution 2773 (2025), telle que réaffirmée dans la résolution 2808 du 19 décembre 2026. Les Accords de Washington DC entre le Rwanda et la RDC, ainsi que le Processus de Doha entre le Gouvernement et le mouvement AFC/M23, comportaient tous une obligation, incombant aux parties, de désescalade et de cessation des hostilités ; obligation qu’elles doivent scrupuleusement respecter.
  5. À ce stade, il convient de reconnaître que, nonobstant certains efforts déjà entrepris, l’opérationnalisation des mécanismes de cessez-le-feu sur le terrain ne s’est pas encore pleinement matérialisée. Il importe de souligner que la réalisation de ce cessez-le-feu devrait être considérée par le Conseil comme une priorité absolue. Les A3 appellent les médiateurs désignés — l’Union africaine, les États-Unis et le Qatar — à redoubler d’efforts et à maintenir une pression sérieuse sur les parties au conflit à cette fin. Il existe en effet une dynamique qu’il convient de saisir pour parvenir à une cessation des hostilités. L’objectif est d’empêcher que l’est de la RDC ne replonge une nouvelle fois dans les affres d’une guerre de haute intensité, avec le risque corrélatif d’une conflagration régionale affectant l’ensemble de la région des Grands Lacs.

Monsieur le Président,

  1. Au-delà des considérations exposées ci-dessus, le moment est opportun pour rappeler que l’Union africaine a toujours insisté sur le fait que les problèmes africains appellent un leadership africain, soutenu par un véritable partenariat international. Ce moment exige plus que jamais une telle détermination. Afin d’éviter un nouveau cycle d’absence de progrès, les A3 soulignent la nécessité d’une architecture consolidée de mise en œuvre de la paix. Un tel cadre devrait être ancré dans un mécanisme coordonné rassemblant les initiatives régionales, garantissant la cohérence de leur mise en œuvre et assurant un compte rendu régulier et transparent devant ce Conseil.

Monsieur le Président,

  1. Les A3 souhaitent formuler les observations suivantes, qui ne visent pas simplement à commenter la situation, mais à corriger la trajectoire : un cadre de paix qui exige un engagement réel, et non de simples déclarations.

La région ne manque pas d’accords, mais trop d’entre eux restent des mots sur le papier.

  1. Nous prenons note :
    Des Accords de Washington pour la paix et la prospérité, signés en décembre 2025, qui réaffirment les engagements relatifs au retrait des troupes, à la coopération économique et à l’Accord de paix de juin 2025 entre la RDC et le Rwanda.

Des mesures ultérieures prises en mars 2026 à Washington, où la RDC et le Rwanda sont convenus de mesures coordonnées visant à soutenir la souveraineté, désengager les forces, neutraliser les FDLR, le M23, d’autres acteurs armés et protéger les civils. Mais les accords ne se mettent pas en œuvre d’eux-mêmes.

  1. Les A3 appellent donc à une “architecture régionale consolidée de mise en œuvre de la paix”, comportant :
  • des repères clairs ;
  • une vérification par une tierce partie ;
  • des obligations assorties d’échéances ;
  • des conséquences en cas de non-respect, convenues par toutes les parties et soutenues par l’ONU, l’UA et les garants régionaux.

Si nous continuons à construire des accords sans architecture, nous continuerons à bâtir de l’espoir sans résultats. La paix doit être construite méthodiquement, non imaginée.

  1. La protection des civils doit être la priorité absolue, et non une considération secondaire.
    L’urgence humanitaire — 6,5 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et 27 millions confrontées à une insécurité alimentaire aiguë — continue de s’aggraver. Les aéroports de Goma et de Kavumu doivent rouvrir immédiatement afin de permettre les opérations de la MONUSCO et les vols humanitaires. Les A3 soulignent que les attaques contre les civils, le personnel humanitaire et le personnel des Nations Unies sont inacceptables et exigent des enquêtes indépendantes et impartiales. La feuille de route de l’Union africaine insiste sur la primauté de la protection des civils et sur la responsabilité régionale d’assurer un accès sûr aux opérations humanitaires.
  2. La MONUSCO doit être renforcée en tant que pilier de la paix, et non devenir une victime des dynamiques du conflit.
    Des mesures de contingence ont déjà réduit de 23,4 % la présence du personnel en uniforme de la MONUSCO. Tout retrait supplémentaire doit être fondé sur les conditions sur le terrain, mené de manière responsable et aligné sur l’objectif de protection des civils. Il est temps de cesser de demander à la MONUSCO de « faire davantage avec moins ».

Les A3 appellent à :

  • un financement adéquat, prévisible et durable de la MONUSCO ;
  • une pleine liberté de mouvement pour les Casques bleus ;
  • des garanties opérationnelles pour soutenir le suivi du cessez-le-feu ;
  • une coopération intégrée entre la MONUSCO, l’Union africaine et les mécanismes régionaux.

On ne peut pas attendre de la MONUSCO qu’elle exécute son mandat avec une main liée pendant que l’autre est censée porter toute une région vers la stabilité.

  1. Les A3 estiment que la confiance peut être restaurée par la responsabilité et la transparence.
    De multiples enquêtes — y compris des évaluations d’experts des Nations Unies et des rapports indépendants — confirment l’implication persistante d’acteurs extérieurs, le soutien à des groupes armés et l’exploitation des ressources naturelles dans le conflit. Les A3 insistent pour que tous les acteurs impliqués dans le conflit soient tenus pour responsables, conformément au droit international. L’impunité a été le carburant de ce conflit. La responsabilité doit désormais en être l’extincteur.
  2. L’Union africaine, les États-Unis et le Qatar continuent de faciliter des pistes diplomatiques essentielles, notamment le processus de Doha impliquant le M23 et les discussions de mise en œuvre à Washington. Ces initiatives mobilisent la médiation régionale et internationale pour créer une dynamique, et non la paralysie.

La région ne peut se permettre une diplomatie cloisonnée. Les A3 appellent donc à :

  • la fusion des circuits de rapport entre les différentes médiations ;
  • un mécanisme commun de suivi ;
  • des exposés conjoints réguliers au Conseil de sécurité.

Quand les médiateurs harmonisent leurs efforts, les parties ne peuvent plus se dissimuler.

Monsieur le Président,

  1. Les A3 réaffirment leur engagement indéfectible en faveur de la souveraineté, de l’indépendance, de l’unité et de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo.
  2. Nous saluons la résilience du peuple congolais, qui mérite plus que notre sympathie : il mérite des résultats. Soyons francs : si nous laissons ce conflit se poursuivre, ce ne sera pas parce que les solutions étaient inconnues. Ce sera parce que la volonté de les mettre en œuvre aura été insuffisante.
  3. La République démocratique du Congo ne manque pas d’engagements. Ce qu’il faut désormais, c’est de la cohérence, de la discipline et de la responsabilité dans leur mise en œuvre. La paix ne sera pas assurée par l’accumulation d’accords, mais par l’exécution fidèle d’un cadre commun et crédible. La responsabilité nous incombe désormais à tous pour faire en sorte que ce moment ne devienne pas une nouvelle occasion manquée.

Je vous remercie.