À l’occasion de la réunion du Conseil de sécurité en Formule Arria, tenue le 5 mai 2026 à New York et consacrée au dixième anniversaire de la Résolution 2286 (2016), la République démocratique du Congo a réaffirmé son engagement en faveur de la protection des missions médicales dans les conflits armés.

Dans sa déclaration, la RDC a condamné les attaques, menaces et entraves visant les structures sanitaires, le personnel médical et humanitaire, les patients ainsi que les convois médicaux. Elle a rappelé que ces actes constituent de graves violations du droit international humanitaire et compromettent directement la protection des populations civiles, la stabilité régionale et la sécurité collective.

La RDC a également appelé le Conseil de sécurité à renforcer la mise en œuvre opérationnelle de la Résolution 2286, notamment à travers une meilleure prévention, une documentation rigoureuse des violations, le recours aux mécanismes de redevabilité, l’intégration de la protection des soins de santé dans les mandats des opérations de paix et la lutte contre l’impunité.

Pour la République démocratique du Congo, la protection des soins de santé en période de conflit ne constitue pas seulement une obligation juridique, mais aussi un impératif moral, humanitaire et de sécurité collective.

L’intégralité de la déclaration est publiée ci-dessous.


Madame la Présidente,

La République démocratique du Congo remercie le Danemark, la Nouvelle-Zélande et l’Espagne pour avoir organisé cette réunion, qui se tient à un moment charnière : dix ans après l’adoption de la résolution 2286 (2016), alors même que les attaques contre les soins de santé atteignent un niveau alarmant dans de nombreux théâtres de conflit, notamment au Moyen-Orient, au Sahel, dans la région des Grands Lacs, en Ukraine, au Myanmar, au Soudan et en Haïti, où les infrastructures sanitaires, le personnel médical et les patients continuent d’être pris pour cibles ou entravés dans l’exercice de leur mission.

Madame la Présidente,

La République démocratique du Congo, qui a payé un lourd tribut humain et humanitaire au cours de ces trois dernières décennies, mesure pleinement la portée de cette résolution. En effet, l’adoption de la résolution 2286 a constitué un tournant majeur dans l’approche des conflits armés, notamment dans le renforcement du principe de proportionnalité en temps de conflit, en réaffirmant l’obligation absolue de respecter et de protéger les blessés, les malades, le personnel médical et humanitaire, ainsi que les infrastructures sanitaires. Pourtant, force est de constater, dix années après son adoption, que les engagements consacrés par cette résolution demeurent encore largement ignorés.

Profitant de cette tribune, la République démocratique du Congo condamne fermement toutes les attaques, menaces et entraves visant le personnel médical et humanitaire, qu’elles soient le fait de groupes armés ou qu’elles s’inscrivent dans des dynamiques sécuritaires plus larges, impliquant des acteurs étatiques ou non étatiques. De telles violations ne constituent pas seulement une atteinte grave au droit international humanitaire et à la neutralité médicale, mais également une menace directe pour la stabilité régionale et la protection des populations civiles.

Madame la Présidente,

Ma délégation estime, tout d’abord, que la résolution 2286 (2016) doit être mobilisée au-delà de sa portée normative, comme un instrument opérationnel de prévention, de documentation et de redevabilité. Ensuite, nous pensons que les mécanismes pertinents du Conseil de sécurité, y compris les régimes de sanctions, pourraient utilement accorder une attention accrue aux auteurs, commanditaires et soutiens d’attaques contre les soins de santé, notamment lorsque celles-ci s’inscrivent dans des configurations hybrides ou transfrontalières.

Dans le cas particulier de mon pays, les attaques répétées à sa souveraineté et à son intégrité, particulièrement dans l’Est, suffisent à mettre en lumière cette réalité. Les rapports successifs du Groupe d’experts des Nations Unies sur la République démocratique du Congo ont, à cet égard, documenté la persistance d’attaques perpétrées sur les structures sanitaires, les convois médicaux, les patients ainsi que le personnel humanitaire et médical, sans compter les entraves dans l’accès aux soins et la continuité des services essentiels. Des organisations médicales internationales, y compris Médecins Sans Frontières, ont alerté à plusieurs reprises sur la dégradation de l’environnement sécuritaire dans les structures de soins, les sites de déplacés et les zones de conflit.

Au Soudan, où la gravité de la situation humanitaire, combinée à l’intensification des hostilités, y compris dans les zones affectées par l’activisme des Forces de soutien rapide, illustre de manière aiguë la vulnérabilité des infrastructures médicales, du personnel de santé et des populations civiles. Les informations disponibles font état d’un nombre significatif d’incidents visant les soins de santé, ainsi que de graves entraves à l’accès humanitaire.

Tout ceci rappelle une évidence : lorsque les structures de santé cessent d’être des espaces protégés, lorsque les ambulances deviennent des cibles et que les humanitaires sont empêchés d’exercer leur mission, c’est l’ensemble de l’architecture humanitaire qui vacille. La protection des missions médicales doit, à cet égard, redevenir une ligne rouge opérationnelle, politique et juridique pour le Conseil de sécurité.

Madame la Présidente,

Les menaces pesant sur les soins médicaux se sont profondément diversifiées : attaques directes, entraves administratives, instrumentalisation des structures sanitaires, désinformation et utilisation abusive de technologies émergentes. Face à cette évolution, la République démocratique du Congo estime que le Conseil de sécurité pourrait utilement :

– Intégrer de manière systématique la protection des soins de santé dans les mandats des opérations de paix, avec des indicateurs de performance et des mécanismes de suivi adaptés ;

– Renforcer l’alerte précoce, notamment par des rapports plus détaillés du Secrétaire général ;

– Envisager la mise en place d’un mécanisme interagences dédié à la protection des missions médicales, inspiré des dispositifs existants en matière de protection des civils ; et enfin,

– Promouvoir des engagements politiques renouvelés à travers des instruments appropriés du Conseil.

Ces orientations s’inscrivent dans les efforts entrepris au niveau national, notamment l’intégration de la protection des soins de santé dans les directives opérationnelles des Forces Armées de la République démocratique du Congo, le développement de formations obligatoires en droit international humanitaire, la mise en place de corridors humanitaires temporaires, ainsi que le renforcement de la coopération avec les partenaires humanitaires et les agences des Nations Unies.

Enfin, la lutte contre l’impunité demeure essentielle. La documentation rigoureuse des attaques, le recours aux mécanismes de sanctions et le soutien aux juridictions nationales constituent des leviers indispensables pour prévenir la répétition des violations.

Pour conclure, alors que nous commémorons le dixième anniversaire de l’adoption de la résolution 2286, il demeure un impératif de transformer les engagements en actions concrètes, pleinement adaptées aux réalités du terrain et aux risques émergents. En effet, la protection des soins de santé n’est pas seulement une obligation juridique : elle constitue un impératif moral, humanitaire et de sécurité collective.

Je vous remercie.