Lors de la 10136e séance du Conseil de sécurité consacrée à la situation dans les Grands Lacs, la République démocratique du Congo a réaffirmé que sa souveraineté et son intégrité territoriale ne sont pas négociables, tout en appelant à l’application stricte des résolutions du Conseil, au retrait sans condition des troupes rwandaises et au renforcement des mécanismes régionaux et onusiens en faveur de la paix.

L’intégralité de l’intervention de l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay est publiée ci-dessous.


Merci beaucoup Madame la Présidente,

Madame la Présidente,

Qu’il me soit permis tout d’abord de rendre hommage à Son Excellence, Monsieur Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations Unies pour son engagement soutenu en faveur de la paix en République démocratique du Congo et dans la région, et je voudrais remercier par l’occasion Son Envoyé spécial, l’ambassadeur Huang Xia pour son briefing de ce jour.

Je voudrais également remercier la Directrice exécutive de ONU-Femmes, Madame Sima Sami Bahous, pour avoir éclairé le Conseil sur le calvaire des femmes et des enfants congolais dans la partie sous occupation du Rwanda et l’AFC/M23.

Ma délégation n’aurait pas souhaité intervenir à ce stade, surtout après la prise de position des A3 à laquelle nous nous associons pleinement. Cependant, la déclaration que nous venons d’entendre ne me laisse guère le choix.

Permettez-moi, à titre national, de faire ces quelques commentaires additionnels.

Nous avons pris connaissance d’abord du rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région, document S/2026/256 du 31 mars 2026. Il en résulte ce qui suit :

Primo, la situation en République démocratique du Congo et dans la région a été marquée par de nombreux efforts diplomatiques au niveau international et régional, notamment avec le mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu du 14 octobre, l’Accord-cadre de Doha du 15 novembre 2025, les Accords de Washington du 4 décembre ainsi que le renforcement de la coordination des efforts de paix africains.

 

Je voudrais insister sur le caractère complémentaire de tous ces processus, dont le point de convergence reste la mise en œuvre intégrale des dispositions pertinentes des Résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité, Résolutions qui condamnent fermement l’offensive du M23 et les violences dans l’est de la République démocratique du Congo, qui appellent au cessez-le-feu immédiat et qui exigent le retrait du M23 et demandent au Rwanda, à la Rwanda Defence Force de cesser son soutien au M23 et de se retirer du territoire de la République démocratique du Congo, tout en réaffirmant la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo.

En dépit de toutes ces initiatives, on reste quand même préoccupé, à la lumière des récents développements, par la sincérité de l’engagement du Rwanda et de leurs supplétifs qui s’obstinent à fouler aux pieds leurs engagements au terme des accords susmentionnés.

Est-il encore besoin de rappeler que lors d’une interview à Jeune Afrique, au début de ce mois d’avril, et lors d’un dialogue national, en février 2026, les autorités rwandaises ont assumé la présence de troupes rwandaises dans l’est de la RDC. Qualifiant ces actions de mesures défensives indispensables, ils ont nié le pillage des ressources naturelles de la RDC et refusé de céder aux menaces, à ce qu’ils appellent « les menaces de sanctions internationales ». C’est pour cette raison justement que toutes les initiatives de paix prises aux niveaux régional et international sont restées lettres mortes.

Il en est ainsi notamment du plan de paix issu des processus de Luanda et de Nairobi, processus dont le Rwanda a délibérément bloqués l’exécution afin de gagner du temps et de réaliser son ambition démesurée, de se constituer en RDC une zone d’influence qu’il transformerait en colonie d’exploitation et des peuplements, et à partir de laquelle il contrôlerait les institutions congolaises.

 

 

Ces actions du Rwanda sont inacceptables et violent la paix régionale et les prescrits de l’Accord-cadre d’Addis Abeba, auquel ce pays avait librement souscrit pourtant.

Secundo, la poursuite des combats est un frein à toute cessation des hostilités. Le fossé entre les efforts diplomatiques et la réalité de la dynamique sécuritaire sur les terrains, dont le Secrétaire général parle dans son rapport. Le rapport met en évidence avec raison les violences qui se poursuivent dans l’est de la République démocratique du Congo avec une intensification des affrontements militaires, et condamne l’expansion territoriale de l’AFC/M23, dont il fustige l’offensive lancée dans le Sud-Kivu en décembre 2025, quelques jours seulement après la signature des accords de Washington.

Ma délégation tient ainsi à réitérer sa profonde préoccupation face à la persistance des hostilités dans sa partie orientale. Une fois encore, l’AFC/M23, appuyés par les forces rwandaises, poursuivent leur offensive vers Uvira, menaçant la sécurité non seulement de la République démocratique du Congo, mais également celle du Burundi, pays frontalier et signataire de l’Accord-cadre d’Addis Abeba.

Conformément aux Résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité, l’AFC/M23 doit cesser les hostilités et démanteler, dans leur intégralité, les administrations parallèles illégitimes mises en place dans l’est de la République démocratique du Congo. La souveraineté et l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo doivent être préservées.

Toutefois, il revient au Conseil de sécurité, dès lors que la responsabilité de l’escalade actuelle et de la poursuite des hostilités est bien établie, de prendre des mesures qui s’imposent pour rétablir la paix dans cette partie de mon pays. Pour l’instant, je vous invite à constater que cette situation a entraîné le déplacement de plus de 7 millions de Congolais.

 

 

Les statistiques sont écœurantes. Nous le savons, plus de 70 % d’entre eux sont des femmes et des filles. Privées de leurs besoins vitaux basiques, ces femmes congolaises ont perdu toute dignité humaine, beaucoup d’entre elles ayant subi des viols, violences sexuelles et autres traitements cruels, inhumains et dégradants, en particulier dans les périmètres des zones minières.

Madame la Présidente,

La position de la République démocratique du Congo n’a jamais changé.

Les troupes Rwandaises doivent quitter immédiatement les territoires de la République démocratique du Congo, et ce sans condition, comme exigé par la résolution 2773 que ce Conseil avait adopté à l’unanimité.

Les autres activités négatives du Rwanda dans les Grands Lacs, à travers ses nombreux proxys, doivent aussi cesser sinon la paix durable ne verra pas le jour dans cette région.

Pour ma délégation, qu’il soit dit, la souveraineté et l’intégrité territoriale la RDC, consacrées par la Charte des Nations Unies, ne sont pas négociables. Mon pays agressé recouvrira chaque millimètre carré de son territoire qui continue à être gravement violé.

Les populations civiles congolaises, dans la partie est martyrisée, continuent de payer le plus lourd tribut de ce conflit trentenaire. Les femmes et les enfants déplacés, abusés par des milliers. Les violences sexuelles contre les femmes, les enfants privés d’école recrutés dans les groupes armés et astreints au travail forcé dans les mines. Dans ce chapitre vient aussi s’ajouter les attaques contre le personnel humanitaire, les soldats de la paix. Ces violations inacceptables et continues du droit humanitaire international et des droits de l’homme, documentés par les Nations Unies, constituent le lot quotidien dans les Grands Lacs.

 

 

La République démocratique du Congo, à l’aune de cette réalité, appelle le Conseil à maintenir un maximum de pression sur le Rwanda et ses proxys, et à faire respecter ses décisions sur ce terrain.

Dans un tel contexte, ma délégation réitère sa position concernant le renforcement du rôle de la MONUSCO dans le monitoring du cessez-le-feu pour stabiliser la situation en RDC. Il en est de même pour le bureau de l’Envoyé spécial dans les Grands Lacs pour tacler ce conflit clairement identifié comme régional.

La dimension régionale de ce conflit doit être réaffirmée pour une meilleure approche des solutions. Le moment n’est pas, à l’avis de ma délégation, de priver ces deux entités de ressources adéquates pour la pleine exécution de leurs mandats respectifs, qui pourrait épargner un pays et toute une région menacée d’embrasement.

La République démocratique du Congo, à l’image de son Président, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, homme de paix, continuera de bonne foi à souscrire aux efforts diplomatiques pour la paix en RDC et dans la région des Grands Lacs.

De Doha à Washington, ici au Conseil de sécurité ainsi que dans l’Union africaine, la République démocratique du Congo demeurera de bonne foi pour faire la paix avec tous ses voisins. Le succès de cette démarche requiert en contrepartie que tous les partenaires signataires et garants de l’Accord-cadre d’Addis Abeba puissent être animés du même esprit et de la même détermination pour un Grands Lacs pacifié, stable et prospère.

Madame la Présidente,

Lorsque le Représentant du Rwanda, évoquant le génocide rwandais de 1994, vous dit que ce génocide a ses auteurs en République démocratique du Congo, vous avez l’impression qu’il parle des Congolais. Il ne parle pas de Congolais, il parle des Rwandais. Les FDLR, dont ils sont en train de parler, ce sont des Rwandais qui ont fui le Rwanda, qui sont rentrés sur le territoire de la République démocratique du Congo justement parce qu’au Rwanda, il n’y a que deux tribus qui s’affrontent. Au Rwanda, il est impossible à ces deux tribus de cohabiter, tandis qu’en République démocratique du Congo, il existe 450 tribus qui vivent en parfaite harmonie et qui vivent ensemble.

Donc, l’idéologie génocidaire que le Rwanda tente de transposer sur le territoire congolais est incompatible à l’ADN du Congolais. C’est pourquoi, nous disons que ce discours qu’ils sont en train de véhiculer est bien pour le Rwanda, il n’est pas bon pour la République démocratique du Congo. Les FDLR sont venus du Rwanda.

Il y a un moment, un éminent ambassadeur Rwandais, en poste à Kinshasa, a déclaré que les FDLR ne constituaient plus une menace pour le Rwanda. C’est partout sur la toile, on peut suivre l’intervention de cet éminent ambassadeur Rwandais. C’est cyclique, aujourd’hui ils vont vous dire les FDLR, demain ils vont vous dire le discours de haine, et le lendemain ils vont encore sortir une carte.

Alors parlons du discours de haine. Vous avez un pays, armé jusqu’aux dents, qui descend sur le territoire de votre pays, massacre vos femmes, massacre vos parents, massacre vos enfants et il attend de vous que vous lui teniez un discours de bienvenue. Où a-t-on vu ça ? Le Rwanda nous donne l’impression aujourd’hui que le discours de haine est plus grave que les massacres. Combien de Congolais ont-ils massacrés depuis qu’ils ont occupé Goma, Bukavu, Uvira ? Combien ? Et c’est comparable à un discours de haine ? Mais justement, le discours de haine est la conséquence des massacres qu’ils conduisent. Donc le discours de haine n’est pas à la base de la situation qu’ils vivent. C’est eux qui sont justement à la base du discours de haine.

Alors, Madame la Présidente,

Je ne vais pas en abuser. Ils ont parlé de la protection des Rwandophones qui sont au Congo. Ils parlent des Banyamulenge. Ce sont des Congolais. Ce ne sont pas des Rwandais. Donc tout simplement, parce que ces Rwandais ressemblent, ces Congolais ressemblent aux Rwandais, ils croient qu’ils ont le droit d’entrer sur le territoire congolais, aller protéger des Congolais. Quelle audace ! Quelle audace ! Où a-t-on déjà vu ça ? Dans quel pays ? Où un étranger vient dans votre pays et dit : « Les populations de votre pays-là ressemblent aux populations de mon pays, alors moi, je viens les protéger. »

La vérité, elle est connue : c’est l’exploitation des ressources naturelles de la République démocratique du Congo et nous n’allons pas, nous n’allons pas nous taire pour le répéter. Le Rwanda occupe aujourd’hui les mines de Rubaya. Le Rwanda est devenu l’exportateur du coltan, qu’il n’existe nulle part sur le sous-sol rwandais. Mais ils viennent vous parler du discours de haine.

Voilà pour l’essentiel, vous n’avez pas le droit, cher collègue, de venir protéger les populations congolaises sur leur territoire. La République Démocratique du Congo est suffisamment outillée pour protéger ses propres populations, un pays du reste de 450 tribus mais vous, vous vous n’en avez que deux, vous n’arrivez pas à les gérer, vous voulez venir gérer nos 450 tribus ! Soyez modestes !

Je vous remercie, Madame la Présidente, et je m’excuse d’avoir été un peu plus long. Je ne reprendrai plus la parole.