Lors du débat ouvert du Conseil de sécurité tenu le lundi 2 mars 2026 sur le thème « Les Enfants, la Technologie et l’Éducation en période de conflit », le Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies, l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, a présenté la déclaration de la République démocratique du Congo. La RDC y réaffirme l’urgence de protéger les enfants affectés par les conflits, de garantir la continuité de leur éducation et de promouvoir un usage sûr et inclusif des technologies, tout en appelant à une mobilisation accrue de la communauté internationale.
Ci-dessous l’intégralité de la déclaration.
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Madame la Présidente,
J’aimerais, avant tout propos, féliciter les États-Unis d’Amérique pour leur accession à la présidence du Conseil en ce mois de mars 2026 et les remercier pour la tenue de cette réunion consacrée à une problématique dont l’importance est déterminante et cruciale, aussi bien pour mon pays que pour de nombreuses régions du monde affectées par la guerre et les conflits armés.
À cet égard, la République démocratique du Congo salue les initiatives visant à renforcer la mobilisation internationale en faveur du bien-être et du futur des enfants à l’ère du numérique et réaffirme son attachement à toute dynamique multilatérale permettant de protéger l’enfant et de garantir son droit fondamental à l’éducation. Mon pays vous rend, de ce fait, un hommage appuyé, Très Distinguée Première Dame des États-Unis d’Amérique, pour votre engagement en faveur de l’intégrité et de la dignité des enfants dans le monde. Nous remercions par la même occasion Madame Rosemary Dicarlo, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies pour son exposé.
Madame la Présidente,
Garantir un accès effectif à l’éducation et aux technologies numériques pour les enfants en situation de conflit constitue, pour la République démocratique du Congo, une réalité essentielle. Depuis plus de trois décennies, notre pays connaît des cycles récurrents de violences et de conflits armés, particulièrement dans sa partie orientale. Cette situation prive depuis trente ans des millions d’enfants de la jouissance d’un droit pourtant fondamental, celui d’accéder à une éducation sûre, inclusive et de qualité.
À titre d’exemple, rien que dans la Province du Sud-Kivu où opèrent impunément, depuis le début de l’année 2025, le mouvement M23 et les forces de défense rwandaises (RDF), en violation de nos lois nationales, de la Charte des Nations Unies, des principes élémentaires du droit international et du droit international humanitaire, l’impact du conflit sur l’éducation est alarmant :
- D’abord, la gratuité de l’enseignement est mise en mal, les troupes rwandaises et les rebelles du M23 ayant décidé d’imposer des frais de scolarité dans les écoles privées et publiques des territoires sous leur contrôle ;
- Ensuite, les statistiques renseignent que sur 8.419 écoles, 1.768 écoles, dont 71 écoles maternelles, 1.022 écoles primaires et 675 écoles secondaires ne sont aujourd’hui plus fonctionnelles. Parmi elles, 167 écoles abritant 72.214 élèves dont 36.068 filles, sont au moment où nous nous réunissons ici, occupées par les groupes armés.
Madame la Présidente,
En règle générale, la République démocratique du Congo a fait de l’éducation un pilier central de sa politique de résilience et de développement.
Fort de son capital humain essentiellement jeune, l’éducation constitue pour mon pays, non seulement un droit fondamental, mais également un pilier majeur de sa stabilité. La politique de la gratuité de l’enseignement décrétée par le Président de la République, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo depuis son avènement à la magistrature suprême en 2019, répond de cette vision d’améliorer l’accès à l’éducation et aux nouvelles technologies.
À cette politique, s’ajoute l’adoption, en 2025, de la Stratégie de l’Éducation et de la Formation en Situations d’urgence 2025-2029, visant à bâtir un système éducatif résilient, inclusif et protecteur, capable de garantir la continuité de l’apprentissage avant, pendant et après les crises.
Cette stratégie susmentionnée s’accompagne d’un engagement résolu de la République démocratique du Congo à réduire la fracture numérique qui affecte particulièrement les zones touchées par les conflits.
Madame la Présidente,
Le recours au numérique s’impose aujourd’hui comme une voie essentielle pour atténuer les effets des conflits sur l’éducation. Les plateformes numériques, les outils mobiles et les solutions d’apprentissage à distance peuvent maintenir un lien pédagogique pour les enfants déplacés internes, ceux vivant dans des zones enclavées ou dans des camps de déplacés.
De même, les avancées en matière d’intelligence artificielle peuvent contribuer à accompagner les enseignants, adapter les contenus pédagogiques et fournir un appui psychosocial aux enfants victimes de traumatismes.
Madame la Présidente,
La République démocratique du Congo est convaincue que le respect et la protection des droits de l’Homme, notamment du droit des enfants, du droit international humanitaire, doivent demeurer au cœur de toutes les stratégies que nous pourrions mettre en œuvre afin d’assurer la paix et la sécurité dans le monde. Nous devons pour ce faire œuvrer collectivement afin que ces dimensions souvent dissoutes dans l’approche, l’analyse et l’évaluation des conflits, soit davantage considérées.
C’est pourquoi, la République démocratique du Congo appelle :
- à un appui international renforcé pour le développement d’infrastructures numériques dans les zones fragiles et post-conflit ;
- à des partenariats responsables avec le secteur privé, fondés sur la transparence et la redevabilité.
Madame la Présidente,
Terre de grands enjeux, notamment au regard de ses dotations en minerais critiques indispensables à la révolution numérique mondiale, la République démocratique du Congo estime que la technologie ne doit jamais être un facteur d’exclusion pour ses enfants. Elle doit au contraire devenir un instrument de résilience, de réparation et d’égalité des chances.
Pour conclure, la République démocratique du Congo tient à réaffirmer sa détermination à œuvrer avec l’ensemble de ses partenaires, y compris la plateforme « Construire ensemble l’avenir » portée par la Distinguée Première Dame Melania Trump, pour protéger ses enfants, réformer son système éducatif, intégrer progressivement les outils numériques, malgré les défis sécuritaires et garantir qu’aucun enfant, même en situation de conflit, ne soit discriminé mais qu’il puisse continuer à bénéficier de son droit à l’éducation, au développement et à la réalisation de son rêve légitime pour un avenir meilleur à l’ère du numérique.
Je vous remercie.