À l’occasion du débat public de haut niveau du Conseil de sécurité consacré aux crises alimentaires et au rôle du Conseil dans l’atténuation des crises alimentaires mondiales et locales, le 25 août 2026 à New York, la République démocratique du Congo a appelé à faire de la prévention de l’insécurité alimentaire une composante à part entière de la prévention des conflits.
Dans sa déclaration prononcée par S.E. M. Zénon Mukongo Ngay, Ambassadeur et Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies, la RDC a notamment plaidé pour une mise en œuvre plus opérationnelle de la résolution 2417 (2018), le renforcement des mécanismes d’alerte précoce, la protection des infrastructures et corridors d’approvisionnement, l’accès humanitaire sans entrave ainsi que le renforcement de la résilience et de la production agricole locale.
S’appuyant également sur l’expérience de la RDC, confrontée aux effets des conflits sur la sécurité alimentaire notamment au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, la déclaration souligne que la sécurité alimentaire est indissociable de la paix, de la stabilité et du développement.
Nous publions ci-dessous l’intégralité de la déclaration de la République démocratique du Congo.
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences, Distingués délégués,
La République démocratique du Congo présente ses salutations chaleureuses à Son Excellence Monsieur Lars Løkke Rasmussen, Ministre des Affaires étrangères du Royaume du Danemark et remercie son pays pour la convocation de ce débat public consacré à une question au cœur de la paix et de la sécurité internationales.
Nous remercions également le Secrétaire général, Monsieur António Guterres, le Directeur exécutif par intérim du Programme alimentaire mondial, Monsieur Carl Skau, ainsi que l’ensemble des intervenants pour leurs contributions à cette importante réflexion.
Au-delà de la simple réflexion, le constat sur terrain est sans appel : les conflits comptent aujourd’hui parmi les principaux moteurs de l’insécurité alimentaire dans le monde. Huit ans après l’adoption de la résolution 2417 (2018) les dommages causés par la faim, à l’espèce humaine atteignent des proportions inquiétantes. La situation dans de nombreuses zones de conflit, conjuguée aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, démontre que la sécurité alimentaire est désormais indissociable de la paix, de la stabilité et de la sécurité internationales.
Les conséquences des conflits dépassent largement les zones de combat. La perturbation des flux énergétiques, de l’approvisionnement en engrais, des routes commerciales et maritimes, ainsi que des opérations humanitaires, peut rapidement transformer une crise locale en choc régional, voire mondial.
Monsieur le Président,
Face à cette réalité, la République démocratique du Congo estime que le Conseil de sécurité doit donner à la résolution 2417 une portée pleinement opérationnelle, en faisant de la prévention un véritable levier d’action. L’alerte précoce ne peut avoir de sens que si elle se traduit par une action précoce, concertée et proportionnée aux risques identifiés. Il importe, à cet égard, que les signaux d’aggravation de l’insécurité alimentaire soient considérés comme des éléments pertinents de l’analyse des situations susceptibles de menacer la paix et la sécurité internationales.
Dans cette perspective, le Conseil devrait renforcer son recours aux données, aux analyses et aux mécanismes d’alerte du Programme alimentaire mondial, de la FAO, du FIDA et des autres agences compétentes, afin de disposer, en temps utile, d’une évaluation claire des risques pesant sur les systèmes alimentaires et leurs conséquences potentielles sur la stabilité des populations et des États. Ces informations devraient pouvoir éclairer les délibérations du Conseil et, lorsque les circonstances l’exigent, déclencher des consultations, une diplomatie préventive et des mesures anticipatives , avant que les crises alimentaires ne s’aggravent au point de devenir des facteurs de conflit, de déplacement et d’instabilité.
Cette démarche doit aller de pair avec une meilleure protection des infrastructures essentielles, des marchés et des corridors d’approvisionnement, ainsi qu’avec la garantie d’un accès humanitaire sûr, durable et sans entrave. Les denrées alimentaires et les biens indispensables à la survie des populations civiles ne doivent en aucun cas devenir des instruments de guerre ou de pression.
C’est ici le lieu d’affirmer que notre réponse ne peut s’arrêter à une simple urgence humanitaire. Elle doit s’inscrire dans la durée et être fondée sur la résilience. Cela requiert des financements adéquats et prévisibles, le renforcement de la production et des marchés locaux, l’amélioration des capacités de stockage et de distribution, ainsi que l’investissement dans des technologies agricoles adaptées aux effets des changements climatiques.
Il est, par ailleurs, essentiel de renforcer la coordination entre l’action humanitaire, les politiques de développement, la prévention des conflits et les opérations de maintien de paix. Une telle approche permettra d’éviter les réponses fragmentées et de mieux s’attaquer aux causes profondes de l’insécurité alimentaire.
Monsieur le Président,
L’expérience de l’Afrique, et particulièrement celle de la République démocratique du Congo, nous rappelle avec force une réalité fondamentale : la faim ne peut être dissociée de la sécurité.
En RDC, des millions des personnes font face à une insécurité alimentaire aiguë. Les conflits au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri ont entraîné des déplacements massifs des populations, perturbé la production agricole, les circuits d’approvisionnement et l’accès à l’aide humanitaire. Lorsqu’une famille abandonne sa terre pour fuir les violences, elle ne perd pas seulement son foyer. Elle perd également sa capacité à produire, à se nourrir et, surtout, à se reconstruire.
C’est pourquoi les réponses urgentes et durables doivent également viser à sécuriser les zones de production, relancer l’agriculture locale, moderniser les infrastructures rurales et mobiliser les investissements nécessaires au développement des chaînes de valeur agricoles. La sécurité alimentaire doit ainsi être envisagée non seulement comme une réponse à la faim, mais aussi comme un investissement dans la paix et la stabilité.
Monsieur le Président,
La République démocratique du Congo réaffirme, dans cette perspective, son attachement à une approche qui place les communautés au cœur de la prévention et de la réponse, tout en renforçant les capacités nationales en matière de prestation de services, de production agricole et de résilience.
Dans le même esprit, le Conseil de sécurité doit continuer à soutenir les bons offices du Secrétaire général ainsi que les initiatives diplomatiques visant à sécuriser les corridors humanitaires, à préserver la liberté de navigation et à protéger les infrastructures agricoles, énergétiques et commerciales essentielles.
Il importe également de renforcer la cohérence entre les mandats du Conseil de sécurité, les régimes de sanctions, les opérations de paix, l’action humanitaire et les efforts de développement. La prévention des crises alimentaires doit devenir une composante à part entière de la prévention des conflits.
Monsieur le Président,
La République démocratique du Congo, qui connaît elle-même les conséquences humaines, sociales et économiques des conflits, sait que la faim ne saurait être considérée comme une simple tragédie humanitaire. Lorsqu’elle s’installe, se prolonge et s’aggrave, elle fragilise les sociétés, nourrit les déplacements, exacerbe les tensions et peut devenir un redoutable facteur de déstabilisation et de conflit. La sécurité alimentaire est, à ce titre, indissociable de la paix, de la stabilité et du développement.
L’enjeu qui se présente à nous est donc clair : il nous faut passer de la réaction à la prévention, de l’urgence à la résilience et de la fragmentation à une action collective, cohérente et anticipatrice. La prévention de l’insécurité alimentaire doit être pleinement intégrée aux efforts de prévention et de règlement des conflits.
Pour conclure, la République démocratique du Congo tient à réaffirmer sa détermination à travailler avec le Secrétaire général, le Conseil de sécurité, le système des Nations Unies, les États Membres et les partenaires régionaux, afin de renforcer la résilience des systèmes alimentaires, de protéger les populations civiles et de s’attaquer aux causes structurelles de la vulnérabilité car notre responsabilité collective est d’agir avant que la faim ne devienne famine, et avant que la famine ne devienne à son tour un facteur de conflit et d’instabilité.
Prévenir la faim, c’est préserver la dignité humaine.
Prévenir la faim, c’est renforcer la résilience.
Et, en définitive, prévenir la faim, c’est aussi préserver la paix.
Je vous remercie.