La République démocratique du Congo a participé, le 7 août 2026, à une réunion du Conseil de sécurité selon la formule Arria consacrée à la protection de l’éducation au Soudan, organisée par la Somalie et coparrainée par la RDC et le Libéria.
Prononcée par S.E. l’Ambassadeur Jocelyne Kabengele Lukundula, Représentante permanente adjointe, la déclaration de la RDC a souligné que la protection de l’éducation constitue une condition essentielle du relèvement, de la stabilité et de la paix durable. La RDC a également appelé à la cessation immédiate des hostilités, à un accès humanitaire sans entrave et à un dialogue politique inclusif au Soudan.
Retrouvez ci-dessous l’intégralité de la déclaration de la République démocratique du Congo.
Monsieur le Président,
La République démocratique du Congo félicite la Somalie pour l’organisation de cette réunion en formule Arria, qu’elle a l’honneur de co-parrainer aux côtés du Libéria. Nous remercions également Madame la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Madame la Directrice exécutive adjointe de l’UNICEF, Madame la Directrice exécutive de la Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques, ainsi que le représentant de la société civile, pour leurs exposés.
Le conflit qui sévit au Soudan depuis avril 2023 continue de faire peser un lourd tribut sur les populations civiles dont les plus vulnérables, les enfants. Si les pertes humaines, les déplacements forcés et les besoins humanitaires retiennent légitimement toute l’attention de la communauté internationale, les atteintes portées au système éducatif constituent également une menace majeure pour l’avenir du pays dont le quotidien est marqué par le bruit des armes. Les attaques contre les établissements scolaires, la fermeture prolongée des écoles et l’interruption des parcours d’apprentissage privent aujourd’hui des millions d’enfants soudanais non seulement de leur droit fondamental à l’éducation, mais également d’un espace essentiel de protection, de stabilité et d’espoir. En effet, l’histoire des conflits nous montre à suffisance que lorsqu’une école cesse de fonctionner, ce n’est pas uniquement l’apprentissage qui s’interrompt ; c’est aussi un rempart contre le recrutement, l’exploitation et d’autres violations graves qui s’effondre.
Comme nous le savons, la poursuite du conflit au Soudan et la persistance des violences font peser des risques considérables sur une société plurielle déjà profondément éprouvée. Au-delà de l’urgence présente, c’est également l’empreinte que cette crise pourrait durablement laisser sur le tissu social soudanais qui doit retenir notre attention. Pour les jeunes générations qui grandissent dans ce contexte, les conséquences de cette guerre ne se mesureront pas uniquement au nombre d’écoles détruites ou d’années scolaires perdues. Elles se mesureront surtout à l’empreinte durable qu’elle laissera sur toute une génération de jeunes Soudanais, appelée à porter le relèvement de son pays ; une génération privée d’un accès continu à l’éducation qui voit ses perspectives d’émancipation, d’insertion professionnelle et de participation à la vie publique profondément compromises.
Au-delà du drame humain qu’elle représente, la déscolarisation prolongée érode progressivement le capital humain indispensable à la reconstruction des institutions, au rétablissement de la cohésion sociale et à la consolidation d’une paix durable. Bien que premières victimes de cette guerre, les enfants soudanais en sont aussi la plus grande espérance ; et par conséquent, la manière dont ils seront protégés, éduqués et accompagnés aujourd’hui déterminera largement la capacité du Soudan à se relever et à bâtir une paix durable. Préserver l’éducation de ces enfants devient donc un impératif pour la communauté internationale. En effet, préserver l’éducation au Soudan c’est préserver les femmes et les hommes qui auront la responsabilité de reconstruire leur nation, de restaurer leurs institutions et d’ouvrir la voie à un avenir plus stable, plus prospère et plus pacifique.
Monsieur le Président,
L’expérience de la République démocratique du Congo démontre que la protection de l’éducation ne constitue pas une étape postérieure au règlement d’un conflit ; elle en est déjà l’une des conditions. C’est dans cette optique que le Gouvernement de mon pays a promulgué la Loi n°09/001 de 2009 portant protection de l’enfant et la Loi-Cadre n°14/004 de 2014 de l’Enseignement National. De ces textes législatifs découle la stratégie d’Éducation et de Formation en Situation d’Urgence (2025-2029). Cet arsenal juridique a pour objectif d’assurer la continuité et la protection des apprentissages, qu’ils soient formels ou non formels, de garantir la sécurité des élèves et du personnel, et de fournir un soutien psychosocial en réponse aux conflits et aux catastrophes.
L’approche congolaise conjugue donc continuité des apprentissages, résilience institutionnelle et consolidation de la paix. Ce choix procède d’une conviction simple : les crises ne doivent jamais condamner une génération à l’interruption de son éducation. Préserver le système éducatif, c’est préserver la capacité d’une nation à former celles et ceux qui porteront demain son relèvement, renforceront ses institutions et consolideront une paix durable.
À cet égard, la République démocratique du Congo salue les efforts déployés par l’Union africaine en faveur de la protection de l’éducation en situation de crise, notamment à travers les initiatives du Conseil de paix et de sécurité ainsi que du Centre international de l’Union africaine pour l’éducation des filles et des femmes en Afrique (AU/CIEFFA). Ces initiatives témoignent de la volonté du continent de faire de l’éducation non seulement un droit fondamental, mais également un levier de résilience, de relèvement et de consolidation de la paix. Elles méritent, à ce titre, d’être pleinement soutenues et renforcées.
Toutefois, aussi déterminantes que soient les politiques nationales destinées à assurer la continuité de l’éducation, elles ne sauraient se substituer à la condition première d’une protection durable des enfants : la cessation des hostilités. Tant que les combats se poursuivent, les écoles demeureront exposées, les enseignants déplacés et des milliers d’enfants continueront d’être privés de leur droit d’apprendre. C’est pourquoi la République démocratique du Congo réitère son appel en faveur d’une cessation immédiate des hostilités, d’un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave, ainsi que de la poursuite d’un dialogue politique sincère et inclusif entre les parties. Seule une solution politique permettra de créer les conditions indispensables au rétablissement du système éducatif, au relèvement national et à une paix durable.
Nous encourageons, dans cette perspective, la communauté internationale, aux côtés des acteurs régionaux, à renforcer son appui aux autorités soudanaises afin de préserver l’intégrité du système éducatif national, d’assurer la continuité des apprentissages, de protéger les établissements scolaires contre toute utilisation incompatible avec leur vocation civile et de soutenir les enseignants, dont l’engagement demeure essentiel à la préservation du capital humain du Soudan. Ces efforts doivent s’inscrire dans une approche globale, articulant action humanitaire, développement et consolidation de la paix, afin que l’éducation demeure un véritable levier de résilience et de stabilité.
Monsieur le Président,
En conclusion, pour la République démocratique du Congo, la question qui nous réunit aujourd’hui dépasse, dans son fond, celle de l’accès à l’éducation. Elle nous invite à réfléchir à l’héritage que cette guerre laissera aux générations futures et sur les actions qu’il nous parvient collectivement de mettre en œuvre pour en préserver le salut. Nous avons la responsabilité collective de veiller à ce que les enfants du Soudan ne deviennent pas une génération définie par le conflit, mais plutôt une génération préparée à conduire le relèvement de leur pays. C’est ainsi que nous estimons qu’investir aujourd’hui dans leur éducation, c’est investir dans la paix, le relèvement et la stabilité du Soudan de demain.
Je vous remercie.
Voici le lien pour suivre l’intégralité de la réunion: https://webtv.un.org/en/asset/k1w/k1weks0au8