Excellences,

Distingués intervenants et invités,

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais tout d’abord vous souhaiter la bienvenue et vous remercier très sincèrement d’avoir répondu à l’invitation de la République démocratique du Congo à cette réunion selon la formule Arria consacrée au thème : « Diagnostic sur la lacune normative concernant les ressources naturelles et la paix : fondations et perspectives ». La mobilisation de vos délégations témoigne de l’intérêt que la communauté internationale porte à une question dont l’importance pour la paix, la sécurité et le développement durable ne cesse de croître.

Ma gratitude va tout particulièrement à nos distingués invités, qui ont accepté d’éclairer nos travaux de leur expertise :

Madame Comfort Ero, Présidente-directrice générale de l’International Crisis Group ;

Son Excellence le Docteur Mubita Luwabelwa, Secrétaire exécutif de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs ;

Madame Gracelin Baskaran, Directrice du programme Sécurité des minerais critiques au Center for Strategic and International Studies ;

Monsieur Alex Kopp, Conseiller principal politiques et plaidoyer, minerais de transition, de Global Witness.

Je voudrais adresser des remerciements tout particuliers à Son Excellence Monsieur Huang Xia, Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la région des Grands Lacs, qui a bien voulu participer, en format virtuel, à nos travaux. Sa présence, malgré les contraintes de son agenda, ainsi que son engagement constant et son soutien indéfectible aux efforts de paix, de stabilité et de coopération dans la région des Grands Lacs, apportent une contribution précieuse à cette réflexion collective. Je tiens à lui exprimer notre profonde reconnaissance pour son appui continu aux initiatives visant à promouvoir une paix durable dans notre région.

Je remercie également les délégations qui ont soutenu cette initiative, ainsi que les représentants des organisations internationales, de la société civile et du secteur privé présents parmi nous.

En assumant, pour la première fois depuis plus de trois décennies, la présidence du Conseil de sécurité des Nations Unies, la République démocratique du Congo a souhaité mettre cette responsabilité au service d’une réflexion d’intérêt universel. La réunion qui nous rassemble ne constitue pas une consultation de plus. Elle marque l’ouverture d’une réflexion que mon pays souhaite inscrire dans la durée, autour d’un défi majeur de notre époque : faire de la gouvernance des ressources naturelles non plus seulement un sujet de gestion des conflits, mais un instrument de leur prévention, au service de la paix, de la sécurité et de la prospérité.

Excellences,

Les ressources naturelles occupent une place centrale dans les grands équilibres économiques et géopolitiques. Elles sont indispensables à la transition énergétique, à l’innovation technologique, au développement industriel et à la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales. Pour de nombreux pays, elles représentent une formidable opportunité de croissance et de transformation économique.

Mais nous savons aussi que, dans les contextes de fragilité ou de conflit, ces mêmes ressources peuvent alimenter les économies de guerre. Et l’enjeu ne se limite pas au financement direct de groupes armés par la vente de minerais. Il s’agit d’une économie politique plus large, dans laquelle le contrôle des sites d’extraction, des corridors commerciaux, des systèmes de taxation et des flux financiers permet de soutenir la violence, de consolider une emprise territoriale et, parfois, de substituer une autorité parallèle à celle de l’État.

C’est ce mécanisme qui fait de cette question un problème récurrent de paix et de sécurité, observé dans plusieurs situations inscrites à l’agenda du Conseil, autour de ressources aussi différentes que les minerais, les diamants, l’or, le bois, le pétrole ou le charbon de bois.

Cette réalité n’est pas nouvelle. Je rappellerai en particulier la réunion d’information tenue le 16 octobre 2018, à l’initiative de la Bolivie, sur le rôle des ressources naturelles comme cause profonde des conflits.

Les échanges avaient alors mis en évidence les liens étroits entre l’exploitation illicite des ressources naturelles, le financement des groupes armés et la fragilisation des institutions étatiques, ainsi que l’importance d’une gouvernance responsable et d’une coopération internationale accrue.

Depuis lors, des progrès significatifs ont été accomplis. Le Conseil de sécurité a développé divers outils — régimes de sanctions, groupes d’experts, mesures ciblées — tandis que la communauté internationale se dotait d’instruments complémentaires : le Processus de Kimberley, les Lignes directrices de l’OCDE sur le devoir de diligence, les mécanismes de traçabilité et diverses réglementations nationales et régionales. Ces avancées sont réelles et méritent d’être saluées.

Toutefois, elles nous conduisent à une interrogation plus fondamentale.

Notre action collective demeure largement orientée vers la gestion des conséquences des conflits, à travers des réponses fragmentées et propres à chaque situation.

Ne devons-nous pas désormais réfléchir ensemble à la manière dont une gouvernance responsable des ressources naturelles peut également contribuer à prévenir ces conflits ? Car prévenir les conflits suppose aussi de prévenir les conditions économiques qui les alimentent.

Excellences,

Cette réflexion part d’un principe cardinal : la souveraineté permanente des États sur leurs ressources naturelles. Il ne s’agit pas de créer de nouvelles obligations internationales.

Il ne s’agit pas d’un code minier mondial, ni d’un modèle économique uniforme, ni d’une autorité supranationale. Il ne s’agit pas davantage de remettre en cause les instruments existants. Il s’agit de déterminer comment la coopération internationale peut aider les États à exercer plus effectivement leur souveraineté là où des acteurs armés ou des réseaux illicites capturent les ressources, les revenus et jusqu’aux fonctions de l’État. Car lorsque cette capture se produit, c’est la souveraineté elle-même qui est déjà atteinte.

Cette initiative ne concerne pas la République démocratique du Congo uniquement — mon pays en connaît une manifestation particulièrement documentée, mais il n’en est que l’illustration. Elle n’est dirigée contre aucun État, aucune région ni aucune situation particulière. Elle procède de la conviction que ces défis concernent l’ensemble de la communauté internationale et appellent une réponse fondée sur le dialogue, le respect de la souveraineté et la recherche du consensus.

Le Conseil a d’ailleurs déjà emprunté pareille démarche. Face à des phénomènes qui, sans relever exclusivement de son champ traditionnel, présentaient un lien établi et récurrent avec les conflits, il a su créer un langage commun et améliorer l’analyse et le suivi, sans se substituer aux politiques nationales concernées : les agendas Femmes, paix et sécurité et Jeunesse, paix et sécurité, comme la résolution 2417 sur les conflits et la faim, en témoignent.

Il ne s’agit pas d’assimiler les ressources naturelles à ces sujets, mais de retenir la méthode — pragmatique, progressive et consensuelle.

Je n’ignore pas, enfin, les appréhensions légitimes que peut susciter toute initiative nouvelle : la crainte de multiplier les textes et les attentes, d’alourdir les exigences de documentation, ou de creuser l’écart entre les engagements pris et leur mise en œuvre. Je partage ce souci de rigueur et de résultats concrets.

Mais aucune de ces réserves ne saurait justifier de laisser cette question sans réponse : le coût de l’inaction, pour les populations affectées comme pour la crédibilité de notre action collective, est déjà, lui, bien réel.

Excellences,

La réunion d’aujourd’hui n’a pas vocation à négocier un texte ni à promouvoir une approche prédéterminée. Son caractère informel doit nous permettre d’entendre les expertises, d’éprouver le diagnostic, d’identifier les préoccupations légitimes et de mesurer les convergences possibles.

Elle constitue la première étape d’une séquence diplomatique cohérente : les enseignements de nos échanges nourriront le Débat public de haut niveau que présidera, le 22 juillet prochain, Son Excellence Monsieur Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, Président de la République démocratique du Congo, avec l’ambition de porter cette réflexion au plus haut niveau politique et d’ouvrir un processus de consultations appelé à se poursuivre au-delà de la présidence congolaise. C’est à la lumière de ces consultations que le Conseil pourra apprécier l’utilité, la portée et la forme de toute étape ultérieure.

Les grandes avancées du multilatéralisme se sont toujours construites de cette manière. Elles commencent par une idée. Elles se nourrissent de l’expérience des États. Puis elles donnent progressivement naissance à des cadres de coopération plus structurés. C’est précisément cette dynamique que la République démocratique du Congo souhaite contribuer à engager aujourd’hui.

Excellences,

Nos discussions seront guidées par trois interrogations.

Premièrement, quels enseignements pouvons-nous tirer de l’expérience accumulée par le Conseil de sécurité et les mécanismes internationaux existants, et quelles sont les principales lacunes d’une approche encore largement fragmentée ?

Deuxièmement, quelle valeur ajoutée un cadre plus cohérent pourrait-il apporter, sans empiéter sur la souveraineté des États ni créer de nouvelles barrières pour les producteurs légitimes ?

Troisièmement, comment articuler la prévention du financement des conflits, la traçabilité, l’accès aux marchés et la transformation économique des pays producteurs, au service d’un développement durable et inclusif ?

La République démocratique du Congo est convaincue que les réponses ne pourront émerger que d’un dialogue ouvert, d’une écoute mutuelle et d’une volonté commune de construire des solutions adaptées aux réalités et aux aspirations de l’ensemble des États Membres.

Nous ne vous invitons pas simplement à participer à une discussion : nous vous invitons à contribuer à une réflexion qui pourrait, à terme, enrichir l’action du Conseil de sécurité au service de la paix, de la sécurité et de la prospérité.

Au-delà de cette journée, la République démocratique du Congo, à travers sa Mission permanente à New York, se tient prête à poursuivre ce dialogue avec chacune de vos délégations, dans le même esprit d’écoute et de recherche de convergences.

Je forme le vœu que les échanges de ce jour constituent la première étape d’un processus ambitieux, inclusif et fédérateur, au bénéfice de l’ensemble de la communauté internationale.

C’est avec cette conviction que je déclare ouverte la réunion selon la formule Arria du Conseil de sécurité consacrée au thème : « Diagnostic sur la lacune normative concernant les ressources naturelles et la paix : fondations et perspectives ».

Je vous remercie de votre aimable attention.