À l’occasion du débat ouvert du Conseil de sécurité consacré aux menaces contre la paix et la sécurité internationales, sous le thème « Défense des buts et principes de la Charte des Nations Unies et renforcement du système international centré sur l’ONU », la République démocratique du Congo a réaffirmé son attachement indéfectible à la Charte des Nations Unies, au droit international, à l’égalité souveraine des États, au règlement pacifique des différends et au refus du recours à la force.

Dans sa déclaration, prononcée par l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies, la délégation congolaise a souligné la nécessité de revitaliser le multilatéralisme, de renforcer la centralité de l’ONU et d’engager les réformes indispensables, notamment celle du Conseil de sécurité. Elle a également formulé cinq recommandations visant à préserver l’ordre international fondé sur la Charte, parmi lesquelles la réaffirmation de la primauté du droit international, le respect de l’intégrité territoriale des États, le soutien au rôle de la Cour internationale de Justice, la réforme du Conseil de sécurité et le renforcement de la diplomatie préventive.

L’intégralité de la déclaration de la République démocratique du Congo est publiée ci-dessous.


Monsieur le Président,

La République démocratique du Congo adresse ses chaleureuses félicitations à Son Excellence, Monsieur WANG YI, Membre du Bureau Politique du Comité central du PCC et Ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine. Nous saluons également la présence de Leurs Excellences les Ministres et Vice‑ministre des Affaires étrangères.

Ma délégation rend enfin un hommage appuyé à Son Excellence António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, pour son engagement constant en faveur de la paix et de la défense de la Charte des Nations Unies.

Monsieur le Président,

La défense des buts et principes de la Charte des Nations Unies et le renforcement du système centré sur l’ONU constituent les deux faces d’une même pièce dont le dénominateur commun reste incontestablement le respect du droit international.

En effet, le droit international contemporain est dominé par l’article 2 paragraphe 4 de la Charte des Nations Unies, qui enjoint aux Etats membres de l’Organisation de s’abstenir dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

C’est là, le fondement du système de sécurité collective institué par la Charte des Nations Unies, système qui repose sur l’idée d’une « communauté conventionnelle au sein de laquelle chacun doit respecter certains principes essentiels et que la transgression de ces principes par l’un des membres suscite contre lui la réaction collective des autres ».

Mais sur le théâtre des opérations, le constat est sans appel. Le rêve des rédacteurs de la Charte semble s’évanouir car, le scenario ci-haut décrit peine encore à s’affirmer, quatre-vingts deux ans après la Conférence diplomatique de Dumbarton Oaks.

En gros, la violence exercée par les « grands » – qu’il s’agisse de grandes puissances internationales, d’acteurs économiques dominants ou de dynamiques de domination systémique – semble effectivement repousser ses propres limites.

Du continent américain à l’Extrême-Orient, en passant par l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient, aucune région du monde n’est épargnée. L’escalade s’observe à plusieurs niveaux. Les violences géopolitiques, l’hégémonie économique et l’absence de garde-fous à la base des conflits internationaux actuels traduisent un mépris croissant pour le droit international, avec des populations civiles prises pour cibles et des crises humanitaires sans commune mesure. Cette absence de garde-fous nourrit un sentiment d’injustice généralisé et une crise de confiance profonde envers les institutions, laissant les plus vulnérables sans protection face à l’arbitraire.

D’autre part, en dépit du constat que le « statu quo » établi en 1945 ne peut être maintenu sans que l’organisation mondiale ne coure le risque d’être reléguée à l’arrière de la vie internationale, le Conseil de sécurité, le seul organe principal des Nations Unies investi du pouvoir de légitimer une intervention armée et d’imposer des sanctions, est toujours à la recherche de sa réforme.

Face à ce constat, la République démocratique du Congo réaffirme son attachement indéfectible à la Charte des Nations Unies qui, depuis 1945, demeure la pierre angulaire de l’ordre international fondé sur l’égalité souveraine des États, le règlement pacifique des différends, le refus du recours à la force, la coopération internationale, ainsi que la promotion des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Ces principes, énoncés à l’article premier de la Charte, sont regroupés autour d’un objectif triptyque à savoir : la paix, la sécurité internationale et le développement, qui constituent les fondements mêmes de l’Universalité de l’Organisation des Nations Unies, et s’érigent comme des garanties à la fois politiques, juridiques et morales pour la coexistence pacifique de tous les Etats membres des Nations Unies.

Monsieur le Président,

Au-delà de ce constat d’un sentiment d’inachevé du rêve des rédacteurs de la Charte, l’ONU n’a pas failli sur toute la ligne. Il sied de reconnaitre qu’au fil des décennies, l’Organisation a œuvré sans relâche en faveur du bien-être des peuples et des nations, à travers les efforts déployés pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Elle a su fédérer le monde et impulser des avancées dans plusieurs domaines notamment l’éducation, la lutte contre la pauvreté, l’assistance humanitaire, la lutte contre les violences sexuelles, la prévention des conflits et le dialogue entre les peuples

C’est ici l’occasion pour ma délégation de témoigner sa reconnaissance à l’Organisation des Nations Unies pour les efforts qu’elle n’a cessé de déployer en faveur de la République démocratique du Congo, notamment dans la recherche de solutions durables pour la consolidation de la paix et de la stabilité. Cette solidarité se manifeste de manière tangible à travers la présence de la MONUSCO, dont nous saluons l’engagement aux côtés du peuple congolais.

Il demeure toutefois préoccupant de constater que les principes fondamentaux énoncés à l’article 2 de la Charte des Nations Unies sont aujourd’hui soumis à des rudes épreuves. Leurs violations répétées fragilisent non seulement les États Membres, mais également l’ensemble du système multilatéral.

Face aux tensions persistantes dans plusieurs régions du monde, le multilatéralisme, autrefois ascendant, s’est affaibli sous l’effet de l’insécurité internationale, des conflits armés, des changements climatiques, des défis liés à la justice pénale internationale et des questions relatives aux droits humains. Cette fragilisation se traduit par la montée de l’unilatéralisme, l’émergence de nouveaux pôles d’influence géopolitique et une méfiance croissante à l’égard des valeurs reconnues immuables du droit international, pourtant au cœur des fondements des Nations Unies et des actions collectives.

Face à ces défis globaux, il est impératif de renforcer la centralité de l’Organisation, telle que voulu par ses pères fondateurs, ainsi que le rôle du Conseil de sécurité, conformément à l’article 24 de la Charte, qui lui confère la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Il importe également de rappeler la primauté de la Charte des Nations Unies sur toute autre obligation internationale, comme le stipule son article 103.

Monsieur le Président,

La Charte des Nations Unies doit demeurer un instrument incontournable. Elle doit continuer à guider les efforts visant à renforcer la diplomatie préventive, à soutenir les opérations de paix, à consolider le respect du droit international, à revitaliser le multilatéralisme et à promouvoir le règlement pacifique des différends. À cet égard, il est aussi important pour le Conseil de sécurité d’assurer la pleine mise en œuvre de la résolution 2788 du 22 juillet 2025, qui a judicieusement exhorté les États Membres à recourir efficacement aux mécanismes de règlement pacifique des différends prévus par la Charte des Nations Unies, tels que la négociation, la médiation, l’arbitrage et le règlement judiciaire.

Par ailleurs, il s’avère important que les Nations Unies continuent à conjuguer les efforts nécessaires pour faire naître le vouloir vivre collectif afin de préserver l’humanité et les générations futures des conséquences néfastes que nous redoutons tous.

Monsieur le Président,

En défendant les buts et principes des Nations Unies, nous faisons le choix d’un monde régi par le droit international, la coopération et la solidarité. Le renforcement du système international centré sur les Nations Unies demeure, pour nous, un engagement fondamental en faveur d’un avenir placé sous le signe de la paix, la sécurité internationale, le développement, et de la justice pour tous.

Cette démarche de renforcement du système multilatéral centré sur l’ONU exige comme souligné ci-haut, le respect strict de la Charte des Nations Unies et l’adaptation de ses mécanismes aux défis géopolitiques contemporains.

Monsieur le Président,

Dans cette perspective, il serait également souhaitable que les États Membres fassent preuve d’une solidarité renforcée et d’un consensus sans équivoque autour de la Charte des Nations Unies, qui constitue le socle de notre sécurité collective et du respect des règles que nous avons librement choisies.

La revitalisation du rôle de la Charte des Nations Unies et du Système des Nations Unies passe par des réformes engagées pour rendre plus efficace non seulement la sécurité collective, mais aussi répondre à tous les défis déjà mis en évidence par les Etats membres et qui entravent l’architecture fonctionnelle de l’Organisation, ainsi que son cadre juridique.

La gouvernance globale par les Nations Unies ne peut être assurée efficacement sans une volonté politique réelle de tous les Etats membres, y compris les acteurs non-étatiques pour le respect aux principes et normes édictés par le droit international.

Monsieur le Président,

Pour conclure, à la lumière des défis actuels qui se présentent en nous et pour protéger l’ordre international afin de préserver les acquis de la Charte des Nations Unies, il s’impose d’attirer l’attention des Etats membres sur les 5 recommandations ci-après :

  1. Réaffirmer la centralité du droit international tout en mettant en exergue la primauté de la Charte des Nations Unies ;
  2. Renforcer le respect des principes de l’égalité souveraine des Etats, de leur intégrité territoriale et de non-recours à la force ;
  3. Soutenir le rôle de la Cour Internationale de Justice, dans sa fonction judiciaire et consultative, comme cadre de règlement pacifique des différends entre Etats ;
  4. Revitaliser le multilatéralisme par les Nations Unies en passant par la réforme de son Conseil de sécurité ;
  5. Renforcer les mécanismes de médiation notamment, la diplomatie préventive et les mécanismes d’alerte précoce.

Je vous remercie.