Lors de la 10154e séance du Conseil de sécurité, consacrée à la protection des civils en temps de conflit, la République démocratique du Congo a réaffirmé son attachement au droit international humanitaire, aux principes de la Charte des Nations Unies et à la protection effective des populations civiles, du personnel médical et des travailleurs humanitaires.

Dans sa déclaration, prononcée par l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, la RDC a souligné que la protection des civils doit aller au-delà d’une réponse strictement sécuritaire. Elle doit reposer sur le renforcement des capacités nationales, la prévention des conflits, le traitement des causes profondes de l’instabilité, l’accès humanitaire sans entrave, la lutte contre l’impunité et une stratégie politique cohérente en faveur de la paix.

La déclaration de la République démocratique du Congo est publiée ci-dessous dans son intégralité.


Monsieur le Président,

La République démocratique du Congo remercie la Chine pour l’organisation de ce débat public consacré à la protection des civils dans les conflits armés, ainsi que Madame Edem Wosornu et Madame Mirjana Spoljaric pour leurs exposés et pour l’engagement constant de leurs institutions respectives en faveur des populations affectées par les conflits armés.

La République démocratique du Congo salue l’opportunité de ce débat qui intervient dans un contexte international marqué par une dégradation préoccupante et prolongée de la paix et de la sécurité internationales que témoigne notamment la démultiplication des théâtres de conflit tout aussi complexes et interreliés, et pour lesquels les populations civiles payent un lourd tribu.

Monsieur le Président,

Quatre-vingts années après la création de notre Organisation, force est malheureusement de constater que les promesses et objectifs des fondateurs des Nations Unies en matière de paix, de sécurité et de respect des droits de l’Homme demeurent profondément fragilisées.

La multiplication des théâtres de conflit, leurs interconnexions complexes sans oublier la sophistication croissante des hostilités ainsi que de l’effacement progressif de la frontière entre l’espace militaire et l’espace civil constituent autant de signaux d’alarme auxquels la communauté internationale se doit de répondre avec la plus grande fermeté. Car au cœur même de cet entrelacs conflictogène, se trouvent des populations exposées à déplacements forcés, à des violences indiscriminées ; des situations tragiques qui s’accompagnent souvent de destructions d’infrastructures essentielles et de contraintes aussi indicibles qu’inacceptables qui pèsent sur les travailleurs humanitaires.

Ce tableau serait incomplet si l’on omettait d’en identifier la dynamique sous-jacente : l’érosion de la diplomatie au profit d’une logique de confrontation absolue. Or, nous constatons que là où la diplomatie recule et où le dialogue cède la place à une logique de confrontation sans horizon politique, c’est invariablement la population civile qui en supporte les conséquences les plus dramatiques. Chaque escalade supplémentaire, chaque intensification des hostilités éloigne un peu plus les perspectives d’un règlement pacifique et durable, fragilisant du même coup les fondements sur lesquels repose notre architecture collective de paix et de sécurité.

Plus préoccupant encore, dans cette dynamique de conflictualité croissante, les structures médicales, les convois sanitaires ainsi que le personnel humanitaire et médical demeurent, de manière particulièrement alarmante, exposés à des attaques récurrentes en violation manifeste du droit international humanitaire.

Monsieur le Président,

Dix années après l’adoption de la résolution 2286 (2016), le rapport annuel du Secrétaire général fait état de plus de 37 000 morts civils documentés à travers vingt conflits armés en 2025. Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques : ils sont le reflet d’une érosion profonde du respect du droit international humanitaire et d’une impunité persistante que ce Conseil a la responsabilité de combattre.

La République démocratique du Congo, pays confronté depuis plusieurs décennies à des conflits persistants, connaît intimement cette réalité. Dans l’Est du pays, les rapports successifs du Groupe d’experts des Nations Unies ont documenté la persistance de violations graves du droit international humanitaire commises par des groupes armés ainsi que par des éléments soutenus de l’extérieur, notamment des attaques contre les civils, les sites de déplacés et les infrastructures essentielles. Des organisations humanitaires, dont Médecins Sans Frontières, ont à plusieurs reprises alerté sur la dégradation continue de l’environnement sécuritaire dans certaines zones affectées par le conflit.

Par ailleurs, l’expérience de la MONUSCO dans l’Est de la République démocratique du Congo illustre à la fois l’importance et les limites des mécanismes internationaux de protection lorsqu’ils ne s’accompagnent pas d’efforts soutenus en faveur du renforcement des capacités nationales, du règlement durable des causes profondes des conflits ainsi que d’un engagement politique cohérent en faveur de la paix. Elle démontre également que la protection des civils ne peut être envisagée uniquement sous un angle sécuritaire, mais doit s’inscrire dans une approche intégrée associant sécurité, développement, justice, consolidation de la paix et dialogue politique.

C’est pourquoi, rappelant que la responsabilité première de protéger les civils incombe aux États, ma délégation réaffirme que l’appui international ne produit d’effets durables que lorsqu’il vient renforcer les institutions légitimes, consolider les mécanismes nationaux de protection et traiter les causes profondes de l’instabilité. Aussi, la prévention des conflits et le règlement pacifique des différends demeurent des conditions essentielles à une protection durable des civils.

À titre d’illustration, la République démocratique du Congo a engagé, en coordination avec ses partenaires, des efforts concrets en matière de formation de ses forces de défense et de sécurité au droit international humanitaire, ainsi que de mise en place de mécanismes nationaux de signalement et de suivi des violations. Ces initiatives, bien qu’encore fragiles, témoignent de la volonté des autorités nationales d’assumer pleinement leur responsabilité première dans la protection des populations civiles et méritent d’être soutenues et amplifiées par la communauté internationale.

Monsieur le Président,

Ma délégation considère que le Conseil de sécurité doit poursuivre ses efforts afin d’assurer une mise en œuvre effective de ses résolutions pertinentes, notamment les résolutions 2286 (2016) et 2573 (2021). Ces instruments demeurent des références essentielles pour la protection des soins médicaux en période de conflit et pour la lutte contre l’impunité. Leur pleine application suppose non seulement des engagements politiques renouvelés, mais également des mécanismes de suivi renforcés et une volonté collective d’en faire respecter les dispositions. L’impunité demeure en effet l’un des principaux facteurs de répétition des violations commises contre les populations civiles et le personnel humanitaire.

Face à l’ampleur des défis que nous venons d’évoquer, des initiatives collectives porteuses d’espoir méritent d’être saluées et soutenues. La République démocratique du Congo se félicite, à cet égard, du lancement de l’Initiative mondiale visant à galvaniser l’engagement politique en faveur du droit international humanitaire. En effet, la protection des civils ne saurait être dissociée de la préservation du multilatéralisme, du respect du droit international ainsi que du retour à une culture du dialogue et du compromis dans les relations internationales.

Monsieur le Président,

Pour conclure, la République démocratique du Congo renouvelle son attachement indéfectible au droit international humanitaire ainsi qu’aux principes consacrés par la Charte des Nations Unies. Elle appelle l’ensemble des parties aux conflits armés à rompre avec toute logique d’escalade, à respecter scrupuleusement leurs obligations internationales, à garantir un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave, et à assurer la protection effective des civils, du personnel médical et des travailleurs humanitaires. À cet égard, elle aimerait souligner trois points :

Premièrement, le Conseil et les partenaires internationaux doivent veiller à ce que les mandats, les ressources et l’appui au renforcement des capacités nationales soient clairement définis, étroitement coordonnés et pleinement adaptés aux réalités du terrain, notamment dans les domaines de la sécurité, de la justice, de l’alerte rapide et de la protection communautaire.

Deuxièmement, la protection des civils doit s’inscrire dans des investissements durables en faveur de la consolidation de la paix, du développement et du traitement des causes profondes des conflits, seule voie à même de produire des effets durables sur le terrain.

Troisièmement et enfin, l’appui aux autorités nationales doit s’inscrire dans une stratégie politique cohérente, articulant les efforts aux niveaux local, national, régional et international, afin de favoriser la paix, de préserver la souveraineté des États et de soutenir la mise en œuvre effective des engagements de cessez-le-feu.

Je vous remercie.