À la 10142e séance du Conseil de sécurité sur la Libye, les A3 (Libéria, Somalie, RDC) ont réaffirmé que la stabilisation du pays passe notamment par le retrait immédiat de toutes les forces étrangères, des combattants étrangers et des mercenaires. Ils ont aussi soutenu le renforcement du bureau de la MANUL à Benghazi, afin d’assurer une représentativité plus équitable de l’ensemble des Libyens au sein de la Mission.

L’intégralité de cette déclaration est publiée ci-dessous.


Madame la Présidente,

  1. J’ai l’honneur de prononcer cette déclaration au nom du groupe A3, à savoir le Libéria, la Somalie et mon propre pays, la République démocratique du Congo.
  2. Le Groupe A3 remercie la Représentante spéciale du Secrétaire général, Madame Hanna Tetteh, pour son exposé exhaustif et salue son leadership ainsi que son engagement auprès des autorités nationales, de la société civile et des partenaires internationaux. Nous saluons la participation du Représentant permanent de la Libye à la présente séance.

Madame la Présidente,

  1. Le groupe A3 tient à réaffirmer son soutien indéfectible à la souveraineté, à l’unité, à l’intégrité territoriale et à l’indépendance politique de la Libye. La Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) dont la présence demeure pourtant essentielle pour la stabilisation, continue d’être entravée par l’impasse persistante et par des mesures qui ont accentué la méfiance de l’opinion publique. Nous prenons note de l’évaluation du Secrétaire général, selon laquelle aucun progrès significatif n’a été réalisé dans la mise en œuvre des jalons initiaux de la feuille de route. Nous estimons que ce manque d’impulsion risque de compromettre la mise en place d’un cadre législatif crédible pour la tenue d’élections nationales.
  2. Sur le plan politique, nous reconnaissons la complexité de la situation et notons que les échéances convenues pour le processus électoral, spécifiquement pour la composition du Conseil de la Haute Commission électorale nationale — n’ont pas été respectées. En dépit de ces obstacles, nous sommes profondément encouragés par la détermination des institutions libyennes qui s’efforcent de faire progresser le processus. Nous saluons tout particulièrement le Gouvernement pour les mesures proactives qu’il a prises en vue de remanier son cabinet afin d’améliorer la gouvernance, ainsi que pour le soutien qu’il a exprimé en faveur des initiatives visant à promouvoir l’unité nationale.
  3. Nous sommes en outre encouragés par le dynamisme du dialogue structuré, qui offre une plateforme inclusive réunissant 124 participants, dont 35 % de femmes, de jeunes et des personnes vivant avec handicap. Nous saluons le déroulement pacifique des élections au sein de 12 conseils municipaux ; ce qui constitue un exemple éloquent de la construction d’une légitimité démocratique fondée sur une approche partant de la base. Nous réaffirmons notre soutien à la Représentante spéciale du Secrétaire général, Madame Tetteh, ainsi qu’aux efforts de la MANUL visant à surmonter l’impasse actuelle en identifiant des solutions avec les parties prenantes.

Madame la Présidente,

  1. En ce qui concerne le volet sécuritaire, nous reconnaissons que les progrès vers la réunification des institutions de sécurité demeurent difficiles à concrétiser en l’absence d’une stratégie agréée par les acteurs libyens. Toutefois, nous saluons l’engagement constant des autorités libyennes en faveur d’une collaboration fructueuse avec l’équipe technique conjointe de coordination, ainsi que leur coopération pour la sécurisation des frontières de la Libye. Nous soulignons que la stabilisation de l’environnement sécuritaire constitue un préalable indispensable au processus politique.
  2. Sur le plan économique, les A3 soulignent que l’intégrité et l’indépendance des institutions économiques fondamentales de la Libye — en particulier la Banque centrale, la Compagnie nationale de pétrole et le Bureau d’audit — doivent être préservées. Nous notons avec préoccupation les défis auxquels est confrontée la stabilité macroéconomique, notamment la dévaluation de 14,7 % du dinar libyen et l’important déficit de change enregistré par la Banque centrale.
  3. Les A3 saluent la signature, le 11 avril, du budget unifié de la Libye pour l’année 2026. En tant que premier budget national depuis plus d’une décennie, cet acte marque une étape cruciale vers le renforcement de la coordination économique entre les dirigeants de l’ouest et de l’est de la Libye. Nous sommes convaincus que ce budget unifié contribuera à promouvoir la stabilité financière de la Libye, à préserver sa monnaie et à consolider ses institutions. Une intégration économique accrue viendra compléter et renforcer le processus politique, ouvrant la voie à une gouvernance unifiée et à des élections nationales.
  4. Par ailleurs, le groupe A3 se félicite de l’adoption à l’unanimité de la résolution 2819 (2026) du Conseil de sécurité. Dans ce contexte, nous exprimons une fois de plus notre profonde préoccupation face à l’érosion continue des avoirs libyens gelés, due à une utilisation abusive ou à une mauvaise gestion de la part de certaines institutions financières internationales. Nous réitérons que ces avoirs ont été gelés dans le seul but de protéger et de préserver leur valeur au bénéfice du peuple libyen, et non pour celui des institutions qui en détiennent les fonds.
  5. Les A3 exigent que toute la lumière soit faite sur ces violations, ainsi que des réparations et des indemnisations. À cet égard, nous saluons l’inclusion du paragraphe 17 de la résolution, qui invite les États Membres et les institutions financières à soutenir la réalisation d’un audit exhaustif par l’Autorité libyenne d’investissement, afin de vérifier le montant global, la localisation et la juridiction de tous les avoirs gelés. Nous continuerons d’œuvrer pour que les points de vue des Libyens soient pris en compte, afin de permettre à l’Autorité libyenne d’investissement de réinvestir ses réserves de liquidités gelées, conformément au mandat défini par la résolution 2769 (2025).
  6. Pour conclure, Madame la Présidente, le chemin à parcourir est semée d’embûches ; toutefois, grâce à un engagement soutenu, à la coopération et à un attachement commun à la paix, un avenir stable et inclusif pour la Libye demeure à portée de main. Il est grand temps que ce Conseil dépasse la simple gestion tactique de la crise pour s’unir autour d’une stratégie cohérente, capable de restaurer la légitimité nationale. Nous devons donner à la UNSMIL les moyens de faciliter un règlement politique définitif, dirigé et pris en main par les Libyens, qui réponde aux aspirations du peuple libyen.

Je vous remercie.